Numéro vert pour salariés en souffrance : après le Covid, des appels encore nombreux
Au sein du cabinet Stimulus, spécialisé dans la santé au travail, une trentaine de psychologues cliniciens se relaient pour tenir la ligne d’écoute, un numéro anonyme et gratuit accessible 24h/24 et 7 jours sur 7.
Ils s’adressent aux « plus de 500 clients » du cabinet – des entreprises de toutes tailles et assureurs partout en France –, explique Victoria Tchakmazian, dans les locaux du cabinet dans le centre de Paris.
Reste que la santé mentale des salariés est un sujet dont il faut « s’occuper », insiste Victoria Tchakmazian, pour qui de tels dispositifs devraient être présents dans les entreprises comme le sont les « fontaines à eau ».
L’ONU vient d’ailleurs d’inviter à en faire plus pour la santé mentale au travail, estimant que 12 milliards de journées de travail sont perdues ainsi chaque année.
— ONU France et Monaco (@ONU_France) September 28, 2022Pendant le Covid, Anaïs, qui travaille sur la ligne d’écoute depuis 2019, a eu l’impression qu’il n’y avait « plus que ça » : anxiété de contamination, isolement, vécu du confinement...
Aujourd’hui, le télétravail est « moins présent », note Mme Tchakmazian.
On revient sur des thématiques qu’on avait auparavant : la charge et les conditions de travail, les relations avec le management ou les collègues, le harcèlement.
Elle cite aussi « la recherche du sens », le Covid ayant amené de nombreux salariés à se questionner sur leur « utilité ».
En haut d’une grueLa plupart des appelants ont entre 30 et 50 ans. Le pourcentage d’hommes a augmenté, mais les femmes restent majoritaires (quelque 60%). Les entretiens durent en général entre 30 et 45 minutes et peuvent être suivis d’autres rendez-vous, même si le soutien se veut ponctuel. L’employeur ne reçoit que des informations quantitatives, tels que le nombre d’appels reçus.
Lorsque le psychologue repère des idées suicidaires, il peut faire un « déclenchement » : convaincre la personne de communiquer son numéro et puis appeler le Samu.
Cela survient « entre 4 et 5 fois par mois » contre « une ou deux par mois » avant la pandémie, indique Victoria Tchakmazian. Là encore, que les personnes sollicitent davantage de l’aide n’est pas un mauvais signe.
Marie se souvient par exemple de l’appel d’une personne en haut d’une grue, qui voulait sauter. L’histoire s’est bien terminée : « Les secours sont intervenus, la personne est descendue et a été prise en charge ».
Mais à ses yeux, il faudrait « casser l’image de la ligne rouge », qu’on appelle seulement lorsqu’on est au bout du bout.
AFP