Deux ans et demi de prison ferme pour celui qui était à la fois un conjoint et un père violent à Brive (Corrèze)
« Une adaptation psychologique à la violence. » La conclusion de l’expert psychiatre, après avoir rencontré les quatre enfants victimes des violences de leur père, témoigne du climat qui régnait à la maison. Cet homme de 39 ans (*), au lourd passé judiciaire, devait répondre, ce vendredi 30 septembre à Brive, en Corrèze, de violences intrafamiliales entre 2020 et 2022. Dans leur domicile, à Brive, la peur à la maison était telle, que la mère avait caché un taser dans le canapé et confié son existence à ses propres enfants. « Au cas où... ».
« Mon père, c’est pas comme un père, il est bizarre »Gifles, insultes, coups de pieds, tirage de cheveux étaient dictés par l’impulsivité du prévenu récidiviste. « Mon père, c’est pas comme un père, il est bizarre », confiera son fils aux enquêteurs. En juillet dernier, les violences étaient survenues pour un bol de céréales renversé par sa fille de 12 ans. « Chienne », avait-il crié avant de la frapper. « Je te ferai comme à ta mère ».
Ce jour-là, le père faisait référence à un épisode survenu en octobre 2020, quand il avait allongé de force sa femme dans la baignoire, l’avait arrosée de javel, puis l’avait brûlée avec une lame de couteau préalablement chauffée sur une plaque de cuisson. Le tout, sous les yeux de ses enfants.
« Une grande partie de ce qui a été dit est faux », a contesté le père de famille à l’audience, tout en reconnaissant deux épisodes de gifles assénées à sa femme, en mai 2020, pour des histoires d’infidélité et d’alcool. « Pour l’histoire de la baignoire, ma compagne s’était vomie dessus. Je l’ai mise dans la baignoire habillée, et je l’ai passée sous le pommeau de douche. C’était pour la laver. Les brûlures au couteau, elle s'est fait ça elle-même, en me disant que j’irai en prison », dénonce le trentenaire, qui endosse pour l’occasion l’habit de victime.
"Mes enfants ne sont pas battus"Et pour les violences sur les enfants, il explique : « J’ai mis une claque derrière la tête pour des heures de colle, et un coup de pied au cul. Mais mes enfants ne sont pas des enfants battus. La violence d'un père, je sais ce que c’est, je n’adresse plus la parole à mon propre père », explique celui qui voit cette procédure comme une vengeance de sa femme, qu’il voulait quitter avec les enfants.
Pour les victimes, la théorie du complot passe mal. « Quand une fille de 12 ans ferme la porte de la salle de bain parce qu’elle a peur de ce qui se passe à l’intérieur, quand l’aîné fuit la maison et dit " j’ai vu mon père brûler ma mère avec un couteau ", ce n’est pas un mensonge. C'est du vécu, du ressenti. Les enfants ne veulent pas prendre parti. Ils témoignent simplement », dénonce Marie-Eponine Vaurette pour les enfants.
Une culpabilisation de la victime« Il sait appuyer là où ça fait mal. La violence, c’est à cause des problèmes de l’alcool de madame. Quand les enfants ont été placés, c’est sa faute à elle, pas de la sienne, alors qu’il était en prison », renchérit Me Christelle Malauzat pour la mère de famille, sous le regard amusé du prévenu dans sa cage de verre.
Pour ces faits commis en récidive, le parquet a requis trois ans de prison dont un an avec un sursis probatoire contre le prévenu, qui a déjà passé dix ans de sa vie en prison. Le tribunal a décidé de suivre ces réquisitions. Une précédente peine de six mois avec sursis a, en plus, été révoquée. Il devra indemniser chaque enfant à hauteur de 5.000 euros.
Pierre Vignaud
*Pour préserver l'identité des enfants victimes, nous ne publions pas le nom du condamné.