Élection au Brésil : après une campagne violente et clivante, un scrutin sans suspense
« Ça va se jouer à pas grand-chose », prédit James Green, professeur d’histoire brésilienne à la Brown University (États-Unis). Mais celui-ci ne parle pas du duel qui oppose Jair Bolsonaro et Lula Da Silva à l’élection présidentielle de dimanche. Car l’issue du scrutin est connue depuis bien longtemps : Lula doit l’emporter haut la main.
Le suspense est plutôt de savoir si l’ancien président du Brésil (de 2003 à 2011) sera élu dès le premier tour, ou s’il faudra attendre le deuxième tour (prévu le 30 octobre) pour le voir revenir à la tête du pays.
D’après The Economist (site en anglais), qui agrège l’ensemble des sondages réalisés par les instituts brésiliens, l’ancien syndicaliste de 76 ans obtiendrait 51 % des voix, contre 38 % pour le président sortant. Plus les jours passent et plus l’écart se creuse.
Une campagne extrêmement violenteTout dépendra de la participation le jour du vote. Et surtout celle des plus pauvres. S’ils se déplacent en masse, alors c’est très probable que Lula l’emporte.
La campagne électorale aura été une des plus violentes et des plus polarisées de l’histoire contemporaine du Brésil. Certains en sont morts. Le 9 septembre, un partisan d’extrême-droite a poignardé un soutien de Lula. En juillet, un gardien de prison a tiré sur le trésorier du Parti des travailleurs en criant son dévouement pour Jair Bolsonaro…
« Le Brésil est tendu », observe Hervé Théry, directeur de recherches émérite au CNRS et professeur de géographie à l’université de São Paulo, qui revient tout juste d’un mois passé dans le pays latino-américain. « Cette élection, c’est une sorte de match de rejet. Bolsonaro avait été élu [en 2018] parce qu’il y avait un très fort rejet du Parti des travailleurs. Et maintenant, il y a un très fort rejet de Bolsonaro. Les gens votent plutôt “contre” que “pour”. »
« Votez avec amour »Jair Bolsonaro, le « Trump brésilien », peut compter sur une base solide (environ 30 %) d’une frange conservatrice de la population, qui forme les trois « B » : le bœuf (l’agrobusiness), la Bible (les protestants pentecôtistes) et les balles (les pro-armes).
— Tenente Mosart 2238 - SP (@AragaoMosart) September 22, 2022— Secunder Kermani (@SecKermani) September 26, 2022De son côté, « Lula a le désir de réconcilier la société. Son slogan, c’est “Votez avec amour” », relate James Green. L’ancien chef de l’État, un temps incarcéré pour corruption, mais innocenté depuis, promet, lui, d’être le président de tous les Brésiliens.
Si l’élection de Lula à la présidence ne fait aucun doute – « sauf si un évènement dramatique intervient d’ici là », spécule James Green – la gauche au pouvoir devra néanmoins sûrement se frotter à l’opposition de droite parlementaire, qui devrait être majoritaire au Congrès au sortir du scrutin.
Lula Da Silva. Ancien ouvrier métallurgiste et leader syndical, Lula a gouverné le Brésil de 2003 à 2011. Son gouvernement a pu profiter du boom de l’exploitation des matières premières pour financer des programmes sociaux. Mais un scandale de corruption impliquant son parti a entaché son héritage. Il a passé un an et demi en prison pour corruption, mais a été blanchi par la Cour suprême. Cette année, il s’est allié avec dix partis (de gauche et de droite) pour battre Bolsonaro (photo AFP).
Quentin Menu