Top 14 : Jean-Michel Guillon (ASM Clermont), un président plutôt enthousiaste à l'aube de la saison
Écouter le président de l'ASM, c'est observer un dirigeant qui peut enfin mettre le nez à la fenêtre, ouvert sur de grands espaces dégagés, après deux saisons à avancer à tâtons dans une semi-obscurité.
Derrière lui, le Covid et ses nombreuses contraintes, oubliés (ou en passe de l'être) quelques dossiers plus qu'épineux, soulagé aussi par un salary cap plus confortable aujourd'hui qu'il y a seulement quelques mois. Jean-Michel Guillon affiche ainsi son enthousiasme.
Vous avez annoncé de hautes ambitions en juin dernier. Vous confirmez ces objectifs à quelques jours du coup d'envoi de la saison ?
Tout à fait. Nous sommes là pour jouer le titre cette année. Je parle du Top 14. Je n'évoquerai pas un doublé...car on n'a pas l'effectif pour jouer sur les deux tableaux avec les mêmes hautes ambitions. Il nous manque deux ou trois "X-Factor". Nos objectifs de la saison sont donc plus liés au championnat.
Qu'est-ce qui vous permet d'espérer ?
En premier lieu, il se dégage aujourd'hui une dynamique au niveau du collectif que je n'avais pas perçu les deux dernières saisons. Pour moi, le stage de Tignes fin juillet est très significatif de l'état d'esprit qui règne dans le groupe. On commence à voir des gars qui s'apprécient, qui se soutiennent, qui sont bien ensemble. Je sens que la sauce prend.
« Le collectif et les jeunes sont des sources d'espoirs »
À quoi voyez-vous cela ?
On a un Anthony Belleau qui prend ses marques et commence à se faire entendre. On a un Arthur Iturria qui a mûri et grandi dans ce registre. On a des joueurs étrangers qui ne parlent pas encore notre langue mais on les voit sur le terrain apporter du liant à l'équipe.
Quoi d'autre..
Les jeunes ! Sur les deux matchs amicaux, le staff a fait tourner l'effectif et on a vu l'équivalent d'une équipe Espoirs. On a investi sur ces jeunes parce que l'on n'avait pas jusque-là de profondeur d'effectif. Ces jeunes vont arriver à maturité. Le rapprochement avec les Espoirs, que dirige Elvis Vermeulen, va nous donner une dimension supplémentaire.
Autre motif d'optimisme, on a aujourd'hui, avec nos recrues, un équilibre qu'on n'avait pas la saison dernière. Je parle d'expérience, d'âge et de qualité de joueurs. Maintenant, je n'oublie pas que c'est le terrain qui sera le juge de paix.
« Déterminer assez rapidement quels joueurs on veut garder »
Sentez-vous déjà la plus-value d'un staff plus étoffé ?
Complètement. Cela permet à Jono (Gibbes), et je le vois aux entraînements, de prendre le recul nécessaire qu'il n'avait pas la saison dernière. Et puis, ce staff est réellement constitué pour construire aussi sur la durée. Je vais prendre aussi un exemple, quand je discute avec les joueurs, je me dis que l'arrivée et l'intégration d'un Jared Payne (ndlr : coach de la défense) sont une réussite.
La saison va démarrer, mais êtes-vous déjà dans la projection sur la suivante et le recrutement ?
On travaille déjà dessus et les postes sont ciblés. 2023-2024, c'est maintenant que ça se passe. Jusque-là, nous avions des contraintes terribles, liées aux contrats longs. Il faut bâtir aujourd'hui pour ne plus être dans la réaction comme on l'a été jusque-là.
On me dit, vous avez un problème avec beaucoup de joueurs dans le pack qui seront en fin de contrat en juin 2023. Mais pour moi, c'est une opportunité. Il y a des joueurs que l'on va vouloir garder et il faut assez rapidement déterminer lesquels. Après, on sera en capacité de construire l'avenir à moyen terme.
En résumé, pour vous les feux sont au vert ?
Quand je vois d'où on vient et le chemin parcouru en 18 mois... Les pièces du puzzle sont en place. Je vois un certain nombre de choses concrètes, dans l'animation de l'équipe et la réaction des joueurs, qui montrent que l'on va dans le bon sens.
En fin de contrat en juin prochain, Damian Penaud s'est exprimé en début de semaine pour évoquer son avenir « un peu flou » qui dépendra, pour lui, de la compétitivité de l'ASM. L'ailier international clermontois a également annoncé vouloir prendre son temps et attendre mars 2023 pour se décider.
Photo Richard Brunel
Le président Guillon comprend les déclarations de son joueur mais entend néanmoins raccourcir la " flêche du temps "... « Je pense qu'avec Damian, une décision sera prise avant la fin de l'année. Le fait qu'il dise je veux gagner des titres ne me surprend pas. Cela correspond aux messages que je fais passer depuis un certain temps, sur la hauteur de nos ambitions.
Il faut que l'on reconstruise et Damian doit avoir le sentiment de jouer dans une équipe qui peut gagner des titres. Le sportif est donc la clé de ce dossier et on a déjà échangé avec lui. Et on va continuer à le rencontrer, avec Didier (Retière) et Jono (Gibbes).
En fait, il y a trois dimensions dans ce dossier : la première d'ordre sportive et il faut que le club se bouge, c'est clair. La deuxième est plus personnelle, liée à son évolution comme on l'avait fait à une époque avec Roro (Aurélien Rougerie). Quand on s'appelle Damian Penaud, qu'on n'est pas forcément un leader naturel et que cela intéresse plus ou moins, il y a la question du leadership et l'ASM peut lui apporter des réponses.
Enfin, il y a la dimension financière mais elle n'est pas la plus importante pour moi. Chacun arrivera avec ses billes mais cet aspect-là ne me semble pas constituer un obstacle insurmontable. »
Recueillis par Christophe Buron