A Guéret (Creuse), il violente des agentes de l'Aide sociale à l'enfance après la suspension du droit de visite de ses enfants
Début juillet, lorsque des agentes de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) viennent lui signifier la suspension de ses droits de visite pour ses quatre enfants placés, ce Guérétois vrille.
Accès de violenceIl bouscule une agente, jette une table dans sa direction (sans qu'elle soit touchée), la plaque contre une porte, la menace elle et une autre agente.
« Si je vous recroise dans la rue, je vous mets deux patates ! »
Une gifle part également.
Deux mois après, ce mercredi 31 août, le prévenu de 39 ans, crâne lisse et sacoche en bandoulière, doit s'en expliquer à la barre du tribunal judiciaire de Guéret. Il fait profil bas, s'excuse. Mais le président Jérôme Boyer ne s'en satisfait pas : « Si à chaque fois que des agentes de l'ASE annoncent une mauvaise nouvelle elles sont violentées... Une diminution des droits de visite, on peut comprendre que ça vous heurte. Mais de là à basculer dans la violence... La table, elle aurait pu la prendre dans la figure, ça aurait pu être très grave. »
La représentante de l'Aide sociale à l'enfance dans le département en remet une couche : « Cette demande de suspension (de visite de ses quatre enfants placés, NDLR) ne peut pas l'étonner. Son comportement lors des visites faisait que les enfants étaient déstabilisés. »
Le bâtonnier, Maître Philippe Lefaure, avocat des victimes, dit ne pas comprendre qu'au regard des faits, le médecin ait conclu à une ITT de zéro jour pour les agentes et s'interroge, avec une pointe de cynisme :
Je savais qu'il y avait des métiers à risque, mais je ne savais pas qu'éducatrice à l'ASE en était un.
Le prévenu est lui-même un enfant placéDans le cas du prévenu, l'histoire bégaie. Lui-même a été placé à l'âge de 4 ans, chez sa tante d'abord puis chez sa mère, mais les choses se passent mal avec son beau-père. Sa scolarité est compliquée, son orientation, un échec. Il ne sait pas écrire, enchaîne malgré tout des petits boulots. Puis un grand bonheur : il rencontre le grand amour, devient six fois papa entre 2005 et 2016. Mais le grand amour ne veut plus l'être et disparaît, purement et simplement. Laissant le prévenu seul avec ses six enfants. Il fait une tentative de suicide, à la suite de laquelle ses quatre plus petits enfants sont placés. Les deux aînés restent toutefois avec leur papa, qui a désormais une nouvelle compagne.
Pour son conseil, Maître Catherine Peluard, la décision d'annulation des droits de visite du prévenu est contestable, estime préférable de les conserver avec un encadrement. Enjoint à davantage d'empathie à l'égard d'un homme qui a sans doute « surinvesti » dans son ancienne compagne et dans ses enfants.
Il a besoin d'avoir des interlocuteurs qui se mettent à sa hauteur.
Le tribunal judiciaire de Guéret le condamne finalement à huit mois de prison avec sursis simple. « C'est une infraction particulièrement odieuse que vous avez commise. C'est une chance que vous donne le tribunal, saisissez-la », conclut le président.
Daniel Lauret