En Creuse, comment est soignée l'addiction aux paris sportifs ?
« Oui, nous avons de plus en plus de patients. » Le constat du Docteur Coralie Bureau-Yniesta est sans appel. Cette médecin généraliste addictologue au centre expert ressource du jeu pathologique à Limoges, en lien avec le centre hospitalier de La Valette à Saint-Vaury (Creuse) doit accompagner de plus en plus de personnes. Elle cible deux raisons.
« La problématique des paris sportifs s’est accentuée avec les confinements successifs puis l’Euro de football. De toute manière, à chaque grande compétition de football, c’est l’explosion. »
Et cette explosion se retrouve plus particulièrement du côté des parieurs en ligne toujours prêts à aller sur un site ou une application pour miser. « Il y a lien avec l’immédiateté. C’est aussi plus facile sur son smartphone car on l’a toujours dans la poche et on peut facilement installer ou désinstaller des applications. Et il y a aussi le fait de ne pas avoir à manipuler de l’argent car tout est dématérialisé. Et ceux qui avaient l’habitude du bar tabac se sont mis aux sites en ligne pendant le confinement... »
Des répercussions sur la vie quotidienneMais, contrairement à l’alcool ou au tabac, cette addiction est comportementale et ne dépend donc pas d’une substance. Il est donc plus difficile de prendre, seul, en considération, le problème même si quelques signes sont assez équivoques. « Ces habitudes commencent à devenir critiques quand il y a des répercussions sur différents champs de la vie quotidienne. Surtout au niveau financier quand le compte en banque est dans le rouge ou que l’on utilise l’argent des courses pour jouer. Il peut aussi y avoir des répercussions familiales avec des reproches, des mensonges ou des conduites de dissimulation. Enfin, pour les plus jeunes, ça va être des répercussions scolaires avec un décrochage et une chute des résultats. »Le centre hospitalier de La Valette, à Saint-Vaury, peut accueillir plusieurs patients en addictologie
Le nouveau danger des publicitésSi le sevrage apparaît comme étant une des solutions comme pour l’alcool ou le tabac, le soin de l’addiction aux paris sportifs s’appuie également sur d’autres procédés. « C’est un processus long avec un accompagnement et une prise en charge pluridisciplinaire. On peut faire appel à un conseiller économique familial, un infirmier, un médecin, un psychiatre et un psychologue. Il y a beaucoup de techniques différentes comme, par exemple, des entretiens motivationnels. »
Des entretiens motivationnels qui deviennent de plus en plus récurrents en raison, notamment, de la croissance des publicités pour les paris sportifs.
« C’est risqué car on voit cela placardé partout avec des slogans bien concis qui minimisent les risques donc forcément l’explosion des publicités est un phénomène dangereux. Mais cela va prendre un peu de temps avant de changer comme pour l’alcool et le tabac. »
Enfin, le Docteur Bureau-Yniesta n’hésite pas à donner quelques conseils pour ceux qui ont tout de même envie de tenter leur chance. « Il faut avoir conscience qu’à partir du moment où on joue, on peut tomber dans cette spirale infernale. Il faut essayer de se limiter au maximum. La plupart des sites proposent notamment de s’autolimiter. Pour le tabac-presse, il faut éviter d’y aller avec de grosses sommes d’argent pour ne pas être tenté. Et, surtout, il faut en parler à ses proches quand on sent qu’on a un problème. »
Alix Vermande