À bord de la Seat Cupra de l'Équipe rapide d'intervention de Clermont-Ferrand
La trouée, dans les arbres, n’est pas plus large qu’un hublot. Le gendarme Stéphane, bien calé dans le siège conducteur de sa Seat Leon Cupra, y pointe son radar. Dans le viseur de l’appareil : un flux continu de véhicules glissant sur le long ruban de l’A89, semblables à des fourmis en procession à cette distance.
Les missions se font toujours en binôme.
« On peut relever leur vitesse jusqu’à 1.000 mètres », indique le gendarme Stéphane, les deux mains tenant fermement son radar. Pour ce contrôle, près de Manzat, ce sera 600 mètres.
L’autoroute puydômoise est particulièrement chargée en cette veille de week-end estival. « Il y a du retour, du départ, ça roule pas mal. » Et parfois trop vite. « 175 km/h ! », signale calmement le pilote, qui vient de viser une Fiat Doblo.
Lutter contre les grands excès de vitesse, telle est la mission de l'Équipe rapide d'intervention (ERI)
Pas une minute à perdre. Le militaire lance les 300 chevaux de la Seat Leon Cupra à la poursuite de l’utilitaire. Le sniper passe en mode sprinter. Agile, précise, sa petite bombe s’immisce dans le trafic et remonte la file des véhicules à près de 210 km/h. Jusqu’à atteindre, en moins de deux minutes, le chauffard traqué.
« Gendarmerie nationale, suivez-moi » lui intime un panneau lumineux équipant la plage arrière du véhicule de la gendarmerie. « Il faut toujours être attentif à ce moment-là, pour que le conducteur ne prenne pas la fuite ». Ce ne sont pas les intentions du propriétaire de l’utilitaire. Escorté sans problème jusqu’à l’aire de Manzat, il admet tout aussi facilement l’infraction et la sanction qui va avec : 90 euros d’amende et trois points en moins sur son permis. Premier contrôle sans accroc.
Le radar peut viser jusqu'à un kilomètre. Lutter contre les grands excès de vitesse, telle la mission de l’Équipe rapide d’intervention, basée à Clermont-Ferrand et rattachée à l’Escadron départemental de sécurité routière (EDSR). Ses deux pilotes, également dotés, d’une Mégane RS de 270 chevaux, à laquelle succède la Seat, ainsi que de deux autres sportives banalisées, ne devraient pas encore chômer cet été.
« Même si le nombre de grands excès de vitesse tend à se stabiliser, il reste élevé et inquiétant », note le capitaine Vincent Wachala, commandant de l’EDSR, qui accompagne le gendarme Stéphane pour ce contrôle.
« Depuis la fin du confinement, l’écart se creuse entre le conducteur qui accepte la règle et celui qui prend des risques pour lui et pour les autres. Ce dernier prend encore plus de risques. Alcool, vitesse, stupéfiants, il n’y a pas de limite. »
Le pilote doit être capable de s'immiscer dans la circulation à très grande vitesse et en toute sécurité.
Dans le Puy-de-Dôme, une attention particulière est portée aux jeunes, impliqués dans la plupart des accidents graves. « Pour nous, c’est une priorité », indique le capitaine Wachala. « Si un permis probatoire ne veut pas respecter le code de la route, il doit redevenir piéton. Le pays ne peut pas se permettre de perdre ainsi sa jeunesse. »
Les gendarmes seront encore très présents, cet été, sur le bord des routes, pour traquer les comportements à risque.
Le téléphone de l’officier sonne. On lui signale un accident sur une bretelle d’entrée, à Bromont-Lamothe. Un automobiliste vient de percuter la pile d’un pont. Tristement classique, lors des grands départs. « Certains vacanciers peuvent être surpris par la configuration de la route, un virage serré ou un changement de voie. »
La Seat Leon Cupra remplace la Renault Megane RS (272 chevaux)
Les congestions de trafic et autres ralentissements soudains, sources d’accrochages, constituent l’autre enjeu de l’été pour les gendarmes. « Cela peut engendrer des suraccidents et des perturbations importantes. Les conducteurs doivent être attentifs au différentiel de vitesse. »
L’accident de Bromont-Lamothe est géré par une autre équipe de l’EDSR. Le binôme de la Seat Leon Cupra peut repartir pour un autre contrôle de vitesse. Non sans avoir inspecté l’aire de Manzat, qui commence à se remplir de vacanciers placides. « Pendant les vacances, c’est blindé. Les risques de vols dans les véhicules ou de vols de carburant sont importants. On peut tempérer le phénomène avec des contrôles. Pour autant, il faut garder les voitures fermées. »
Les pilotes des Équipes rapides d'Intervention sont triés sur le volet.
La discrète sportive, au bleu magnétique, retrouve sa « planque » sur l’A89. La nouvelle série de contrôles se révèle beaucoup moins fructueuse que la première. Les gendarmes espèrent qu'il en sera ainsi tout l'été.
Photos : Richard Brunel
Texte : Olivier Choruszko