La France est "loin d'une immunité satisfaisante", prévient la présidente du Comité vaccin Covid-19
Virologue de renom, revenue à l’Inserm après dix-sept ans passés à l’Organisation mondiale de la Santé, Marie-Paule Kieny est depuis l’été 2020 à la tête du Comité vaccin Covid-19.
Sa mission : scruter jour après jour, avec les experts qui l’accompagnent, les travaux des candidats au sérum à l’échelle mondiale pour ensuite éclairer les choix de l’exécutif. Utile et précieux, forcément, au moment de décrypter les grands enjeux de ce début d’été.
1. Le Delta, un vrai « motif d’inquiétude »L’avancée inéluctable du variant initialement baptisé « indien », nettement plus contagieux, replonge le pays dans une brume d’incertitude.
« C’est effectivement un motif d’inquiétude », reconnaît Marie-Paule Kieny, d’autant que la France reste « loin d’une immunité de population satisfaisante » qui protégerait « au moins 80 % » des habitants, suite à la vaccination ou à une infection préalable.
Dans ces conditions, « plus de contaminations déboucheront mathématiquement sur plus de formes graves et plus de décès ». Il est donc « impératif de ne pas relâcher les gestes barrière », insiste la spécialiste, tout en battant le rappel des réticents aux injections : les sérums administrés en France présentent, dit-elle, « une efficacité significative » face le mutant Delta, quoique « un peu réduite » par rapport à celle observée contre son prédécesseur Alpha (ou britannique), jusque-là dominant.
Marie-Paule Kieny.
2. À quand les premiers rappels ?Selon les dernières données, le schéma de vaccination complet (deux injections, sauf pour le Janssen, unidose) offrirait « une protection d’au moins neuf mois à un an dans la population générale », indique Marie-Paule Kieny.
Le seuil est moindre pour les personnes très âgées ou souffrant de pathologies lourdes, exposées à « une baisse plus rapide de leur immunité ». Celles-là se verront donc certainement proposer une troisième dose dès l’automne.
D’après les chiffres publiés ce jeudi soir par Santé publique France, 35.333.191 personnes ont reçu au moins une injection depuis le début de la campagne (soit 52,4 % de la population totale) et 26.302.376 (39 %) sont désormais complètement vaccinées.
3. Sanofi au secours des réfractaires ?Sanofi a annoncé lundi que son premier vaccin, développé avec le Britannique GSK, serait enfin disponible en décembre. La phase 3 des essais vient de débuter auprès de 35.000 volontaires. Plutôt que l’ARN messager, le laboratoire français a opté pour la technologie plus traditionnelle de la protéine recombinante, déjà utilisée contre l’hépatite B, la grippe ou le papillomavirus.
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Outre sa possible utilité dans la future campagne de rappels, le produit (tardif) de Sanofi pourrait aussi, espère la virologue, « permettre de convaincre ceux qui préfèrent une technologie plus classique ».
Les perspectives semblent en revanche moins favorables pour le vaccin russe Spoutnik V. Une demande d’autorisation de mise sur le marché européen est à l’étude depuis début mars. Mais « la procédure d’enregistrement prendra encore quelques mois, et son issue n’est pas assurée », prévient le docteur Kieny. Une prudence qui sonne comme un début d’enterrement.
Stéphane Barnoin