Échange de photos intimes sur internet : deux associations ont lancé une campagne de prévention sur TikTok
« C’était un jeu dont je ne connaissais ni les règles, ni les limites. » Lorsqu’elle avait 17 ans, Mathilde* a commencé à échanger des photos intimes avec un Belge de 24 ans rencontré sur Instagram. « Je me sentais spéciale » explique la jeune femme, une étudiante en arts qui a aujourd’hui 19 ans. En apprenant que d’autres adolescentes mineures, comme elle, avaient été manipulées par cet instagrameur au plus de 100.000 abonnés, elle décide de couper les ponts.
Une campagne express sur TikTokFace à ce phénomène qui prend de l’ampleur, deux associations, Agir contre la prostitution des enfants (ACPE) et l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (OPEN), se sont associées avec le réseau social TikTok, dans une campagne de sensibilisation express, étalée sur cinq jours.
Dans une des trois vidéos postées par les associations, l’internaute s’immisce dans la conversation par messages entre deux ados. L’un se vante d’avoir reçu un nude d’une fille, l’autre le félicite et demande à voir l’image. Sur une autre vidéo, un jeune homme demande avec insistance une photo de la poitrine de sa copine. D’abord réticente, elle finit par céder.
— OPEN Asso (@open_asso) June 28, 2021
Arthur Melon, secrétaire général de l’ACPE, alerte contre le partage de nudes (ces photos ou vidéos à caractère sexuel). Derrière son écran d’ordinateur ou son smartphone, « on a l’illusion qu’on est davantage en sécurité que dans la rue. On baisse la garde » analyse-t-il. Le chantage à la divulgation d’images dénudées, dont certains jeunes sont victimes, peut entraîner « une carence affective, un repli sur soi... Certains souffrent d’une réputation dégradée » avertit Arthur Melon.
Pas question de faire culpabiliser ces adolescents pour autant. L’application TikTok assure que « cette campagne se veut volontairement non moralisatrice par rapport aux pratiques des jeunes et vise avant tout à encourager des comportements positifs. »
Chantage aux photos dénudéesSur les réseaux sociaux, les témoignages de jeunes ayant subi du chantage à la divulgation d’images intimes (aussi appelé revenge porn) sont nombreux.
Alicia, qui n’a pas voulu que son nom soit publié, raconte avoir été abordée sur Snapchat par un homme qu’elle ne connaissait pas. Elle avait 14 ans.
Au début, il était gentil. Puis il a commencé à me dire qu’il avait des “dossiers” sur moi, qu’il pouvait me faire une réputation de pute, que les photos n’étaient pas prometteuses...
Elle a peur de voir ses photos circuler sur internet. « J’ai tout de suite cédé à la panique, en sachant que j’avais déjà envoyé des nudes à certaines personnes », raconte-t-elle. À la demande de l’inconnu, elle envoie une photo de ses pieds, de ses jambes... Mais elle ne va pas plus loin. Elle comprend que l’homme bluffait et n’avait aucune photo d’elle.
Un manque de préventionElle contacte la police, qui lui conseille de garder une trace de leurs échanges et de le bloquer sur les réseaux sociaux. Sur les captures d’écran qu’elle a gardées, on peut lire :
Si je veux, je peux te faire tourner [sur internet] et t’identifier sur les réseaux. Je ne pense pas que tu le veuilles, donc ne me bloque pas, ne me supprime pas ou je t’assure que je le fais. Tout reste entre nous et t’[aur]as aucun souci, c’est clair ?
Mathilde et Alicia, désormais méfiantes sur les réseaux sociaux, reconnaissent qu’elles n’avaient pas mesuré les dangers en envoyant leurs photos. Elles regrettent de ne pas avoir été sensibilisées plus tôt sur la protection de la vie intime sur internet.
(*) Le prénom a été modifié.
Quentin Menu