Présidente du Conseil national de transition, un groupuscule complotiste, une Bourbonnaise reste en détention provisoire
Organisation hétéroclite au discours complotiste, le Conseil national de transition (CNT) a été créé en 2015 par un homme devenu une « figure » de la sphère conspirationniste, Eric-Régis Fiorile. Appelant, entre autres revendications, à « neutraliser le gouvernement et à rendre sa souveraineté au peuple », le CNT s’était illustré, en octobre 2020, en envoyant des milliers de lettres « de sommation et de rappel à la loi » à des personnes dépositaires de l’autorité publique ou chargées d’une mission de service publique. Objectif : les obliger à se rallier aux thèses du CNT, « sous peine de comparaître devant un tribunal militaire populaire… »
Des lettres de menaces prises très au sérieuxPris très au sérieux, ces faits, qualifiés d’« actes d’intimidation aggravés », avaient donné lieu à l’ouverture d’une enquête, confiée par le parquet de Cusset aux gendarmes de la brigade de recherches de Vichy. Car, depuis l’interpellation et l’incarcération d’Eric-Régis Fiorile, en décembre 2020, c’est une habitante du Donjon, Delphine C., qui avait repris les rênes du CNT.
Ingénieure de formation, spécialisée dans l’assemblage des matériaux, cette quinquagénaire, jusqu’ici inconnue de la justice, est suspectée d’avoir eu un rôle très actif dans la rédaction et l’envoi des fameuses « lettres ». Présentée comme responsable administrative et financière du mouvement, mais aussi en charge de son site Internet, elle avait été interpellée – en compagnie d’un autre militant du groupuscule – le 16 juin dernier, puis mise en examen et placée en détention provisoire.
« Le CNT, ce n’est pas la vraie vie »Ayant fait appel de cette décision, cette femme de 55 ans s’est retrouvée, ce mardi, devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Riom. L’avocat général, Raphaël Sanesi, ne s’est pas opposé au principe d’une assignation à résidence sous surveillance électronique, « sous réserve de la réalisation d’une enquête de faisabilité ». Mais il a estimé qu’« il n’y a pas, dans l’immédiat, de réponse alternative à son maintien en détention ».
« Ma cliente est d’accord pour ne plus s’occuper, désormais, que de ses tomates et de ses chiens ! », a ensuite plaidé son avocate, Me Christiane Bonnefoy, indiquant ainsi qu’« elle s’est engagée à arrêter toute activité liée à ce club d’hurluberlus ».
« Cette femme est intelligente : elle a compris que le CNT, ce n’est pas la vraie vie, a-t-elle poursuivi. Elle est aujourd’hui sortie de l’emprise quasi-sectaire qu’exerçait sur elle Eric-Régis Fiorile. »
Estimant que sa cliente « dispose de solides garanties de représentation et ne présente aucun risque de réitération », elle a plaidé pour un placement sous contrôle judiciaire ou, à défaut, une assignation à résidence. Depuis le box, Delphine C. a confirmé sa volonté de retourner à une vie normale : « je veux m’occuper de mon projet de ferme autonome et reprendre mes missions de formation et de conseil. »
La cour d’appel, qui avait mis sa décision en délibéré, a décidé, ce jeudi, de son maintien en détention.
Christian Lefèvre