De retour en forme après des années de galère, Audrey Merle a « pour objectif de participer aux JO de 2024 »
Un soulagement en plus de la victoire, après des années de galère. La Clermontoise Audrey Merle s'est imposée avec la manière ce dimanche à Targu Mures (Roumanie) lors de la Coupe d'Europe de duathlon. Pour sa première sélection avec l'Equipe de France dans cette discipline, la licenciée au club d'Issy-les-Moulineaux a parfaitement géré un parcours et une course qu'elle avait bien analysés en amont.
Le duathlon, un format nouveauLa spécialité d'Audrey Merle reste le triathlon. Si elle a décidé de faire un écart ce week-end (avec le duathlon), elle ne compte pas se consacrer très longtemps à ce format. Au moment des repérages, elle avait observé une partie vélo « assez vallonnée, avec deux bosses par tour, très technique parce qu'il y avait beaucoup de virages, et des parties pavées en descente. Il pleuvait en plus. Donc il y avait tout pour rendre le parcours dangereux et technique. C'était là qu'il fallait être assez offensive ». Et c'est à ce moment-là que s'est jouée la victoire de l'Auvergnate.
Le duathlon se découpe en trois étapes : une première composée de 5 km de course à pied, suivi de 20 km de vélo, avant de conclure par une nouvelle portion de course à pied, de 2,5 km cette fois-ci. Il n'y a pas de natation contrairement au triathlon.
« J'ai bien réussi à mettre en place cette tactique. J'ai suivi le groupe de leaders sur la course à pied et j'ai essayé de faire une grosse transition et de partir très vite sur les premiers kilomètres de vélo. On était un petit groupe de trois et à la fin du premier tour (sur 5 au total), on n'était plus que deux avec l'Espagnole. Elle ne prenait pas du tout de relais parce qu'elle était vraiment dans le dur et à un moment, elle a chuté par manque de lucidité. Je me suis retrouvée complètement seule. J'ai posé le vélo avec une grosse avance, 1'10, 1'15. Après, en course à pied, sur 2,5 km, je ne risquais pas grand chose mais j'ai essayé d'appuyer pour travailler aussi le triathlon. J'ai vraiment profité dans les 500 derniers mètres » résume-t-elle.
Une victoire qui fait du bienCela faisait une éternité qu'Audrey Merle ne s'était plus imposée. En cause, un virus contracté vraisemblablement lors d'une manche de Coupe du Monde à Chengdu, en Chine, dans une eau douteuse, en avril 2016. Elle souffrait finalement de la maladie de Lyme, un diagnostic qui n'a été prononcé qu'en août 2019. Pendant quatre ans, la Clermontoise a souffert de fièvres, de maux de tête, de fatigue soudaine et surtout, de douleurs articulaires importantes.
La victoire de ce dimanche s'apparente comme un renouveau pour l'Auvergnate de 26 ans. « Ca fait plaisir, ça fait du bien. C'est une façon pour moi de tourner la page de tout ce que j'ai vécu de peu positif ces derniers temps. Je suis très heureuse parce que ça donne confiance aussi pour la suite et ça montre que je suis sur la bonne voie et que j'ai eu raison de m'accrocher. »
Elle retient de belles leçons de cette épreuve plus que compliquée, et veut désormais aller de l'avant et recommencer à gagner.
« Cela forge. On est obligé d'être patient, de continuer à travailler sans savoir où on va. Il y a une période où c'est un peu flou. On met beaucoup d'énergie et on n'est pas sure d'avoir des résultats. C'est vraiment très dur à vivre, surtout que je suis passée d'une période où tout allait bien, où je franchissais les marches les unes après les autres sans embûche, à, d'un coup, toutes les galères qui s'accumulent. On n'est jamais vraiment préparé pour ça, et c'est vrai que ça fait du mal au début et après, ça devient même compliqué au quotidien, parce qu'on ne comprend plus trop pourquoi on fait ça. Mais cela m'a permis d'apprendre des choses sur moi, de plus m'écouter aussi, de faire des choix. Je pense que cela a été une période très enrichissante bien qu'elle fut difficile. Si on sait l'exploiter, je pense qu'on en ressort plus fort. Et on savoure plus qu'avant. »
« C'est vraiment très dur à vivre, surtout que je suis passée d'une période où tout allait bien, où je franchissais les marches les unes après les autres sans embûche, à, d'un coup, toutes les galères qui s'accumulent. On n'est jamais vraiment préparé pour, et c'est vrai que ca fait du mal au début. »
« La victoire de ce dimanche me redonne des forces pour la suite, parce que je me dis que les heures que j'ai passées à l'entraînement ont été utiles. Je suis compétitrice donc je ne vais pas sur une compétition pour finir à la rue. Pendant plusieurs années, cela a été difficile de vivre des courses en n'étant pas à 100 %. »
Les Jeux Olympiques 2024 en ligne de mireAlors que les Jeux Olympiques de Tokyo commencent le 23 juillet (jusqu'au 8 août), Audrey Merle a fait de ceux de 2024, à Paris, son objectif prioritaire. Elle regardera avec attention ses ex-camarades lors des JO cet été.
« J'ai vraiment l'objectif de participer aux Jeux Olympiques de 2024. Cette année, il y a une belle équipe, ce sont des athlètes que je connais, et je regarderai la course avec beaucoup d'attention. Surtout que c'est l'intégration du relais aux JO, donc c'est encore plus parlant pour moi, vu que j'ai fait partie de cette belle équipe championne du monde en 2015. C'est aussi une façon pour moi de retrouver de la motivation pour retourner sur ces épreuves-là, parce que ça donne envie quand on regarde ça à la TV. Je vais continuer dans mon coin à avancer, sans brûler les étapes et j'espère que j'aurais ma place et que je pourrais les retrouver rapidement pour vivre une autre expérience olympique que celle que j'ai vécue, qui n'était pas forcément la plus positive puisque je n'étais déjà pas bien à cette période-là. »
La Clermontoise Audrey Merle s'est remise en selle
Une revanche à prendre sur 2016En effet, son olympiade en 2016 ne s'est pas passée comme prévue : à cause de la maladie de Lyme, Audrey Merle est arrivée affaiblie et en manque de compétition. Résultat, une 35e place qui n'a pas satisfait la compétitrice qui réside en elle. Elle a une revanche à prendre sur ce rendez-vous.
« Oui, il y aurait une revanche à prendre. Y aller, c'est une grande satisfaction mais ce n'est pas une finalité en soit, surtout en équipe de France où les critères sont très élevés pour être performant. On sait, quand on y va, que ce n'est pas pour y faire de la figuration. C'est pour cette raison que c'est très compliqué, dans une nation comme la France avec beaucoup de densité, de gagner son ticket. »
« L'objectif cette année c'est de faire beaucoup de courses »
Le programme pour la suite de la saison s'annonce chargé : l'objectif d'Audrey Merle est de retrouver le rythme de la compétition, en prenant beaucoup de départs.
« J'enchaîne sur d'autres courses, dans deux semaines : une Coupe d'Europe en Hongrie, avant de faire ma première WTS de la saison en août, à Montréal. Les Grand-Prix, des manches de Coupe du Monde, il y a beaucoup de courses qui arrivent. A partir de mi-septembre, je cours quasiment tous les week-ends. L'objectif, cette année, c'est de faire beaucoup de courses et emmagasiner de l'expérience. Les points pour les Jeux Olympiques de Paris commenceront à compter à partir de mai prochain (2022). Il va donc falloir que je sois prête à partir de cette date. La préparation hivernale sera très importante. Cette année, j'ai la chance de pouvoir beaucoup courir parce qu'il n'y a pas l'objectif de rentrer dans les points. A partir de mai 2022, il va falloir commencer à sélectionner les courses de manière plus intelligente pour aller marquer les points au bon endroit. »
Audrey Merle retrouve enfin le plaisir de recourir sans pépin physique, et espère revenir à son niveau d'avant pour aller décrocher une place olympique en 2024.
Jason Cotard