Dans la Creuse, Valérie Simonet garde son fauteuil de présidente et sa devise
Même si le premier bulletin dépouillé a annoncé le nom de Jean-Luc Léger, il n’y a pas eu de surprise ce jeudi au Conseil départemental : Valérie Simonet s’est réinstallée confortablement dans son fauteuil présidentiel au blason de la Marche, avec 18 voix (contre 12 pour le candidat présenté par le groupe de l’opposition).Valérie Simonet retrouve son fauteuilPas de surprise, non, dans l’élection - personne n’en attendait - et dans le cadre très protocolaire de la salle des plénières, aux fauteuils ornés des blasons de chaque canton, tout s’est déroulé à l’image du décor : classiquement. Quart d’heure creusois respecté, élection présidée par le doyen Guy Marsaleix, assisté d’un benjamin qui est toujours le même qu’en 2015, Jérémie Sauty, applaudissements et discours.
Des remerciements pour tous « sauf l’un d’entre eux… »Aucune surprise dans une après-midi réglée comme du papier à musique ? Non. Dans son discours, Valérie Simonet a bien sûr sacrifié à la tradition des remerciements.
« Vous venez de me choisir, à la majorité, pour présider une nouvelle fois notre collectivité, et au-delà de l’émotion que je ressens devant ce grand honneur que vous me faites, cette confiance renouvelée, soyez assurés que je mesure pleinement la tâche et les responsabilités qui sont les miennes. Je le mesure certainement aujourd’hui, plus qu’en avril 2015 alors que nous sommes ici nombreux à avoir partagé, lors de ces six années, la multitude des problématiques auxquelles ont été confrontés les Départements. »
Et de remercier les conseillers qui ne se sont pas représentés cette année comme de souhaiter la bienvenue aux nouveaux. Et de féliciter aussi élus de ce scrutin comme de saluer « les candidats malheureux, les remercier de leur engagement à faire vivre la démocratie, quand tant d’autres restent chez eux, critiquent sans agir et ne prennent jamais le risque de se confronter au suffrage des électeurs. Tous… sauf l’un d’entre eux particulièrement… ».
Des leçons retenuesLe tacle n’était peut-être pas attendu. Mais tout le monde a bien compris. Si la page d’une campagne difficile sur le canton d’Évaux a du mal à se tourner, c’est bien tout un chapitre que la présidente a ainsi renvoyé aux oubliettes ce jeudi : celui d’un temps où elle avançait derrière son mentor en politique.
Dans le chapitre du passé d’ailleurs, la présidente réélue n’a cependant pas tout envoyé valser. Il y avait des leçons à retenir et visiblement elles le sont.Celles d’hier d’abord avec cette « abstention massive : cela ne peut effectivement procurer aucune satisfaction et impose une certaine humilité. Il faudra que les Français et les institutions se posent les bonnes questions sur les raisons de cette abstention devenue structurelle au fil des scrutins. Désintérêt de la chose publique ? C’est possible. Des procédures démocratiques peu lisibles pour le citoyen ? Certainement. Méconnaissance du fonctionnement de nos collectivités ? Assurément. »
Un mode de gouvernance qui sera différentComme celles d’un temps un peu plus ancien. Certains ont regretté par le passé d’être « moins impliqués dans le fonctionnement de la collectivité » ?« Forte de l’attention que j’ai pu prêter aux dires de certains élus, je souhaite que la commission permanente soit désormais composée de l’ensemble des membres de cette assemblée. À l’aube de ce nouveau mandat, je pense souhaitable que nous adaptions quelque peu nos pratiques afin que chacun puisse mieux trouver sa place, son rôle et puisse s’engager autant qu’il le souhaitera. »
Mais une devise qui ne change pasUn nouveau mandat au cours duquel la présidente sera entourée de neuf vice-présidents. Un exécutif composé là aussi en tenant compte du passé.Patrice Morançais a été élu premier vice-présidentS’appuyant sur ses fidèles lieutenants, la présidente n’a pas oublié le canton d’Aubusson ravi à la gauche lors de ce dernier scrutin : les deux conseillers départementaux de ce territoire ont chacun décroché une vice-présidence.
Un nouveau mandat pour lequel Valérie Simonet garde cependant sa devise affichée il y a six ans : « Je citais en 2015 cette devise que je voulais faire mienne, que j’ai faite mienne et qui continuera à guider mes pas tout au long de ce nouveau mandat : “Il n’est pas besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer”».
Et le conseiller départemental de Felletin de tempérer les sentiments victorieux : « Alors, face à cette situation, on peut faire comme si de rien n’était, continuer les grands discours, les querelles stériles, l’autosatisfaction des vainqueurs, le marketing politique et j’en passe… Alors, lors des prochaines élections, ce sera un électeur sur dix qui se déplacera ».
L’opposition retient « le signal d’alerte » et une autre victoire« En ne venant pas aux urnes ou en votant massivement blanc ou nul, les électeurs nous ont envoyé un signal d’alerte, poursuit Jean-Luc Léger. Les électeurs veulent être concernés et considérés. Le mouvement des gilets jaunes avait exprimé la colère des invisibles. Rien n’a été fait mais le feu couve toujours et la population a fait savoir qu’elle attend de nous que nous résolvions les problèmes quotidiens. Le devoir d’un Conseil départemental est là puisque c’est la collectivité dont l’action sociale constitue le cœur de compétence. » Et d’insister plus particulièrement sur cette jeunesse qui a boudé les urnes.Jean-Jacques Lozach au moment des votesEnfin, avant de lancer comme un défi à la majorité - « Pour notre département, il nous faut désormais un projet pour éviter que nous soyons 110.000 habitants dans sept ans, une politique de solidarité pour faire face à la crise sociale et une concertation avec nos agents pour éviter le malaise social » - le leader de l’opposition a conclu en saluant une autre victoire, celle de la gauche d’Alain Rousset à la Région, qui a raflé la totalité des sièges dévolus à la Creuse.
Texte : Séverine PerrierPhotos : Floris Bressy