L'allongement du congé paternité vu du Puy-de-Dôme
Claire Royer est infirmière puéricultrice au service de chirurgie pédiatrique du CHU de Clermont-Ferrand. Elle est également à l’origine d’un groupe Facebook « Nos Puéricultrices » où les parents peuvent y poser toutes les questions qu’ils souhaitent sur leurs enfants de 0 à 18 ans.
En quoi cette mesure était-elle une avancée nécessaire ?« C’est déjà très important pour la maman qui vient d’accoucher et qui est très fatiguée. Grâce au soutien du papa ou du second parent, elle va pouvoir récupérer plus rapidement et ainsi nouer plus sereinement des liens avec son bébé. Le second parent peut aider dans les soins du nouveau-né, la gestion de la nuit, mais aussi dans les tâches domestiques quotidiennes du foyer, pour les courses, le ménage… Il peut aussi s’occuper des autres enfants du couple s’il y en a. Cela va permettre à la maman de ne pas se retrouver toute seule et submergée. Cela peut empêcher des dépressions du postpartum. Il faut savoir que les suicides maternels sont parmi les premières causes de décès après une grossesse ».
C’est aussi très important pour le bébé…« Tout à fait. La notion d‘attachement est primordiale dans le développement émotionnel et social de l’enfant. Si la création du lien n’est pas suffisante avec une figure parentale, il peut y avoir des conséquences pour le reste de sa vie. C’est pour cela, que le gouvernement a décidé de se pencher sur les 1.000 premiers jours de l’enfant et d’en faire un rapport. Cela s’échelonne du 4e mois de grossesse jusqu’aux 2 ans de l’enfant environ. Cette période est déterminante pour le reste de la vie de tout individu ».
« L'allongement du congé paternité pourra éviter des dépressions du postpartum »Et du côté du second parent…« Déjà, il y avait beaucoup de papas ou de seconds parents qui étaient tristes de laisser leur bébé et la maman au bout des 14 jours. Il n’est pas non plus évident pour eux de trouver sa place, le soir en rentrant du travail, alors que la maman et le bébé ont passé toute la journée ensemble. Plus le père ou le second parent pourra passer du temps avec la maman et le bébé, plus il sera facile de créer une cellule familiale solide ».Est-ce que cet allongement est suffisant ? Est-ce que d’autres initiatives peuvent être prises afin d’accompagner les parents à ce moment de leur vie ?« C’est très bien que le gouvernement ait pris cette initiative, mais effectivement ce n’est pas suffisant. Déjà, le congé du second parent pourrait être encore plus long. Par exemple, en Espagne, les papas comme les mamans peuvent bénéficier de seize semaines de congé rémunérées à 100 %. Sur ce congé, sept jours sont obligatoires. On peut se demander si tous les papas oseront tout prendre par crainte d’être mal vu par leur employeur… Le congé maternité pourrait également être allongé. Une aide pour les femmes qui souhaitent allaiter serait également nécessaire, surtout pour celles qui sont parfois loin de structures médicales. Il faudrait aussi des mesures d’accompagnement pour les parents après la naissance de leur enfant. Au Pays-Bas, il y a des “Kraamzorg”. Ce sont des femmes qui ont un diplôme d’État après trois ans d’études. Elles viennent au domicile des parents pendant plus d’une semaine jusqu’à huit heures par jour. Elles expliquent comment prendre soin du bébé, elles s’assurent que la maman aille bien, elles sont aussi un appui pour certaines tâches ménagères. En France, différents professionnels englobent cette mission auprès des parents, mais il faudrait plus de coordination et de communication sur tout le territoire. Le rapport des 1.000 premiers jours demandé par Emmanuel Macron a fait l’objet de plusieurs propositions pour améliorer l’accueil de son enfant, dont l’allongement du congé paternité, il faut espérer qu’elles seront toutes suivies ».