Elle rentre ivre, il lui barre l'entrée de chez elle : un couple du Cantal au tribunal
Confrontés à la fermeté implacable de la présidente du tribunal, Quitterie Lasserre, ils se sont tous les deux fait recadrer sur leur rôle de parents. Car dans l’exposé des faits, leur enfant, né en 2009, était le témoin oublié des scènes de violence auxquelles tous deux se seraient adonnés. « C’est un adulte en devenir. Vous devez l’assumer, le faire grandir cet enfant, et là il se trouve pris dans un conflit de loyauté terrible. Les problèmes d’adultes sont les problèmes d’adultes, les enfants n’ont pas à intervenir là-dedans. »
Ivre, elle est ingérable, jalouse
Entre plaintes et mains courantes, deux scènes, subjectivement relatées par l’une et l’autre partie. La présidente, immédiatement, attire l’attention du tribunal sur une soirée. L’homme aurait volontairement laissé la clef dans la serrure, dans le but de l’empêcher d’entrer chez elle, sous prétexte qu’elle avait bu, que ce n’était pas la première fois, et que c’était même assez récurrent. « C’est interdit, de s’amuser entre copines ? », interroge la présidente du tribunal, avant d’ajouter : « Simple question, est-ce, pour vous, il s’agit d’un fait de violence, de lui barrer l’entrée ? » « Non. Dans le contexte de l’alcoolémie, non. » Car cet infirmier libéral souligne l’alcoolisme de son ex-conjointe, sa propension à se présenter ivre à lui, « ingérable, jalouse ».
Alors, dans ce qui ressemble à une forme d’anticipation de la tournure qu’auraient pu prendre les choses, il choisit de lui refuser l’entrée et de retourner dans sa chambre, celle où il dort avec leur fils, depuis qu’ils ont décidé de se séparer. La mère occupait, par conséquent, la chambre de l’enfant.De son côté, se décrivant dans un état de détresse, elle se justifie : « Cela faisait des mois qu’il était comme ça avec moi. Je suis allée à l’atelier, j’ai vu cette sangle, et je l’ai accrochée à une poutre, j’étais désespérée. Mais la poutre ayant cédé, elle a fait sauter les plombs. » Elle aurait donc bu du détergent, et dans l’intervalle, son ex-conjoint, qui aurait alors constaté qu’il n’y avait plus de courant, serait arrivé dans l’atelier où elle était vraisemblablement étendue sur un transat, et aurait attribué son état à l’alcool. Son état « comateux » s’étant poursuivi, sa famille serait donc intervenue, suite à quoi la salariée d’un bailleur social aurait alors été hospitalisée. Elle serait sous traitement médical.
Six mois d'emprisonnement avec sursis requisUne seconde scène a été portée à la connaissance du tribunal, celle d’un affrontement physique entre les deux parties, qui aurait laissé des traces sur le corps de la femme, traces constatées par un médecin.
Face aux éléments et attestations dont elle disposait, Agathe Bord, pour le ministère public, a livré un réquisitoire jugé de particulièrement sévère par Maître Méral, l’avocat du père. À savoir la relaxe de l’ex-conjointe, 6 mois d’emprisonnement entièrement assortis d’un sursis probatoire à l’encontre de l’ex-conjoint. Réquisitions que Maître Sergent, avocat de la femme, a approuvées, en y adjoignant la somme de 3.000 € au titre du préjudice moral.La décision a été mise en délibéré et sera rendue ce jeudi 1er juillet, lors de l’audience correctionnelle. Anna Modolo