Alexandre Lacroix, philosophe, invité des Grandes rencontres à Vichy (Allier)
Faire un pas de côté dans notre monde connecté
Alexandre Lacroix est l’un des six invités de la 11e édition des Grandes rencontres. Elles se tiendront à Vichy, les vendredi 2, samedi 3 et dimanche 4 juillet au Palais des congrès.Dans son dernier ouvrage Comment ne pas être esclave du système ? (Allary Éditions), Alexandre Lacroix s’interroge sur la transformation de notre société. Comment, face à un environnement très contraint par la logique de notre modernité très connectée, tenter de garder un idéal ?Prendre du recul, cloisonner vie privée et vie professionnelle, pratiquer la déconnexion etc., une prise de conscience émergente que la situation du confinement et du télétravail a renforcée.Comment faire un pas de côté ? Quelle voie suivre entre la fuite ou l’adhésion totale ? C’est le propos de Comment ne pas être esclave du système ?
Cette réflexion vous a-t-elle été inspirée par le confinement ?Le livre était prêt avant. Mais les thèses en ont été renforcées. Avec nos outils connectés nous allons vers un décloisonnement temps de travail et temps de loisirs. Car, nous avons nos outils de production avec nous : téléphone portable, ordinateur. On n’est plus obligé d’aller pointer. La contrepartie de cette liberté c’est que notre travail nous accompagne partout. L’ennemi c’est nous-même. Il faut avoir une grande rigueur mentale. Pour beaucoup de professionnels indépendants, le vrai danger c’est l’auto exploitation qui n’est pas régulée par le droit du travail. Il existe aussi le décloisonnement des espaces : au bureau, on peut échanger des messages personnels et à l’inverse, chez soi, avec des collègues.
Poser un idéal qui devient la boussole de notre action
1989, une date à retenir.La première phase de la modernité a commencé au milieu du XVIIe siècle, elle semble avoir bien pris fin avec l’arrivée du Web en 1989. L’usage professionnel du Web est survenu fin des années 1990. Cette révolution de la connexion touche toutes les sphères de l’humanité (travail, amour, achats, déplacements, etc.). Elle affecte notre mode de vie. Par exemple, la peur anthropologique de s’égarer disparaît avec la géolocalisation. Et notre rapport à la géographie est modifié.
La technologie devient vitale ?On en a besoin professionnellement. Elle est indispensable. On a des relations avec des objets technologiques même si on est guide de haute montagne. Les migrants ont un téléphone portable. Car, c’est pour eux un objet de survie pour communiquer avec leur famille. C’est vital. Cette technologie connectée forme une méga machine. Ce qu’a fait apparaître la pandémie, c’est un monde cauchemardesque : plus de culture, plus d’échanges. Mais une succession de temps d’écran. On s’est retrouvé déconnecté de notre environnement naturel et des autres. On a vécu un temps de travail et de loisirs dans un même espace. C’est un monde de science-fiction. Tout cet outillage nous entraîne dans un monde utilitariste.
Comment s’en libérer ?Le pas de côté vient d’une manière d’être. Devenir postutilitariste. Cela signifie poser un idéal. Je prends l’exemple d’un menuisier ou d’un artiste qui va concentrer son idéal sur son ouvrage. Cela peut être aussi un idéal plus humain, social, syndical, écologique. L’idéal devient la boussole de notre action, nous permet de placer quelque chose au-dessus du profit. Il me semble que cela n’est pas impossible.Dans beaucoup de métiers, vous pouvez vous épanouir si vous placez votre idéal du côté des relations humaines. Les tâches fractionnées créent un problème d’ordre psychique. À l’intérieur, vous êtes émietté.Dans cette proposition de postutilitarisme, se donner un seul but : celui de se réunifier. Empêcher ce sentiment de délitement. Je sais ce que je fais, pourquoi et comment. Ceux qui s’épanouissent ont trouvé cette forme de cohérence. Suivant l’idéal que vous vous donnez, esthétique, humain, vous vous portez garant, responsable de ce monde.
En savoir plus
Né en 1975, Alexandre Lacroix est écrivain, directeur de la rédaction de Philosophie magazine et président d’une école d’écriture Les Mots, il enseigne à Sciences Po. Il a publié dix-huit essais et romans traduits dans une dizaine de langues, dont Ce qui nous relie, Devant la beauté de la nature, Microréflexions et La Naissance d’un père chez Allary Éditions.
Les grandes rencontres.
Vendredi 2 juillet. A 20 heures. Alexandre Jardin, auteur et cinéaste. La Plus-que- vraie (Éd. Albin Michel). Samedi 3 juillet. A 15 heures, Patrick Pelloux, médecin urgentiste. Urgences de vivre (Éd.du Cherche Midi). A 16 h 30 Andreï Makine, écrivain, membre de l’Académie française. L’ami arménien (Éd. Grasset). A 18 heures. Jérôme Fourquet, politologue. En immersion enquête sur une société confinée (Éd Seuil). Dimanche 4 juillet. A 14h 30 Éric-Emmanuel Schmitt, écrivain, Paradis perdus (Éd Albin Michel) A 16h 30 Alexandre Lacroix, philosophe, directeur de la rédaction de la revue Philosophie Magazine. Comment ne pas être esclave du système ? (Éd Allary) Dédicaces. Chaque rencontre est suivie d’une séance de dédicaces auprès de la librairie A La Page et la librairie Carnot, dans le salon Napoléon III du Palais des congrès-Opéra. Entrée libre..
Propos recueillis par Fabienne Faurie