Le personnel du centre de l'enfance du Puy-de-Dôme a décidé d'exercer un droit d'alerte général
Leur banderole ne passait pas inaperçue, mardi 15 juin, sur la place de Jaude de Clermont-Ferrand. Une quinzaine d'agents du Centre départemental de l'enfance et de la famille du Puy-de-Dôme s'étaient joints au rassemblement organisé en faveur des "oubliés du Ségur". Parce qu'ils considèrent en faire partie.
"Le social ne doit pas être oublié, estiment les porte-parole de l'intersyndicale. En tant qu'agent de la fonction publique hospitalière, on ne voit pas pourquoi le secteur social serait dépourvu. Nous ne sommes pas reconnus dans notre mission de service public. Nous sommes des oubliés du Ségur mais aussi de la République."
SureffectifsEt d'expliquer que le personnel du centre (financé par le Conseil départemental du Puy-de-Dôme dans le cadre de sa politique de protection de l'enfance) a souffert durant la crise sanitaire, confronté à "beaucoup de sureffectifs, des isolements d'unités avec des lieux d'accueil et de moments de vie très compliqués pour les enfants et pour le personnel".
Au-delà du contexte sanitaire, on avait en plus à gérer des problématiques d'enfants qui demandent beaucoup d'énergie et beaucoup d'apaisement. On devait travailler 365 jours par an, 24 heures sur 24, quoi qu'il se passe.
Droit d'alerteCette mobilisation liée au Ségur de la santé coïncide pour le personnel avec le fait d'avoir exercé "un droit d'alerte général sur tous les services, il y a quinze jours. On se retrouve dans une situation dangereuse pour l'accueil des enfants". L'intersyndicale poursuit : "On est dans un mouvement de contestation permanent. Il y a un an, grâce au soutien de politiques du département et de gens qui avaient compris les conditions de travail dans lesquelles on se trouvait, on a pu bénéficier d'une enveloppe de 2,5 millions d'euros pour permettre la création de services et pour qu'il y ait moins d'enfants par service, un taux d'encadrement plus intéressant... Malgré ces 2,5 millions d'euros, on se retrouve avec des effectifs jamais vus. L'an dernier, on se battait pour lutter contre le fait que les accueils des effectifs à 13 étaient trop importants. Sur ces unités aujourd'hui, on accueille 20 adolescents de 15 à 18 ans, on est à 17 sur les 11-15 ans, à 14 sur les 7-11 ans. Et encore, ce sont des effectifs qui sont variables. À la pouponnière, il faut créer un sixième groupe en urgence tellement on a d'enfants".
Sensibiliser les nouveaux élusSelon les agents, les confinements et le Covid-19 ont renforcé "les difficultés des familles pour s'occuper de leurs enfants".
On va se retrouver à devoir accueillir toujours plus, parce que ces enfants ont le besoin d'être protégés d'un environnement un peu insécure à un moment. Sauf qu'on nous demande de faire, sans nous demander comment accueillir et où accueillir.
La période électorale, qui va entraîner la constitution d'un nouveau conseil d'administration, met les échanges entre les agents, la direction et l'autorité de tutelle en suspens, jusqu'à la rentrée. Mais les représentants du personnel se tiennent prêts : "L'idée va être de sensibiliser les nouveaux élus le plus rapidement possible sur la nécessité de basculer le centre de l'enfance dans une dimension nouvelle. Avec une qualité d'accueil digne de ce nom, un taux d'encadrement et un ratio qui soient respectés, avec des possibilités d'accueillir en urgence et à tout moment parce que c'est la mission première du centre ! Mais il faut le faire dans de bonnes conditions".
Thierry Senzier