Quels enseignements tirer des diagnostics sociaux menés sur Saint-Flour (Cantal) ?
C’était une des priorités de la nouvelle municipalité : tout remettre à plat en matière de politique sociale. « Mais pour cela, explique Jérôme Gras, adjoint en charge du dossier, il nous fallait un certain nombre de données, qu’on puisse analyser pour proposer la réponse la plus pertinente possible aux besoins du territoire. »Deux études ont donc été menées. Une quantitative, aidée par le Département et confiée au cabinet d’étude Compas, car « trop chronophage pour être réalisée en interne », et essentiellement basée sur la question démographique. L’autre, qualitative, menée par le CCAS, qui a consisté en un questionnaire proposé aux Sanflorains. 350 réponses ont été reçues, soit l’avis de 10 % des ménages. « On aurait aimé en débattre lors de réunions publiques, mais vu les conditions sanitaires, c’était impossible », précise Jérôme Gras. Ce n’est que partie remise
L’étude quantitative
James Kuperminc, du cabinet Compas, en a présenté les contours lors du dernier conseil municipal. Et certaines de ces conclusions vont à l’encontre de clichés sur Saint-Flour. Ainsi, la paupérisation du centre-ville « n’est pas propre à Saint-Flour mais est un phénomène logique et national : les personnes qui ont le moins de moyens vont au plus près des services. Ce phénomène est même moins important ici que dans d’autres communes que nous avons pu étudier, comme Bergerac. D’autant que la vie ici est moins chère qu’ailleurs. Il vaut mieux vivre ici qu’en Seine-Saint-Denis, où les prix pratiqués sont ceux de Paris. »
Sur l’attractivité de la commune, il a aussi présenté un chiffre assez étonnant :
Chaque année, 600 personnes s’installent à Saint-Flour, essentiellement de jeunes adultes, il y a donc un renouvellement très fort et très rapide, d’autant qu’ici il n’y a pas de problème majeur pour se loger.
Mais qui ne se traduit pas par une augmentation de la population car « ces actifs sont dans un parcours résidentiel qui fait qu’ensuite ils se périurbaniseront pour installer leur ménage. Ce qui fait que la moitié des trentenaires sanflorains sont des personnes qui n’étaient pas là il y a cinq ans, et ne seront plus là dans cinq ans. »
Un isolement grandissantLes retenir paraît donc un enjeu majeur pour gagner en population. Car « la population de Saint-Flour stagne autour des 6.300 habitants. Alors que si elle avait suivi la tendance nationale, il y aurait aujourd’hui 9.000 habitants. La dernière croissance forte date des années 1970-1980. Ce sont des familles qui se sont alors installées, pour construire. Les trois-quarts de leurs enfants sont partis. Et aujourd’hui elles ont 70, 75 ans, vivent dans les mêmes logements, dans des quartiers résidentiels qui ne sont plus en adéquation avec leurs besoins, et représentent la principale strate de Sanflorains. » Une tendance au vieillissement qui « va normalement s’accentuer dans les années à venir. Il faudra le prendre en compte. Et particulièrement, dans cette partie très hétérogène de la population, il faut penser aux 75/84 ans. Soit l’âge du repli sur soi, des gens qui ne demandent rien et n’ont pas le droit à grand-chose. Il faut aussi veiller à l’isolement des seniors : 30 % des plus de soixante ans vivent seuls, ce qui n’était pas le cas avant. » Un isolement qui touche l’ensemble de la population, puisque la moitié des ménages sont des personnes vivant seules, et qu’un tiers de familles sont monoparentales.
L’étude qualitative
Patrice Solier, directeur du CCAS, a, lors de la même séance, présenté les résultats des questionnaires envoyés aux Sanflorains « qui viennent corroborer certains points mis en lumière par l’étude du cabinet Compas. »Il résulte de cette étude que les Sanflorains ont des préoccupations très marquées.
Ce qui ressort en premier lieu est la question de la santé, et de l’accès aux soins, des généralistes comme des spécialistes, c’est primordial pour la population. Le devenir du centre-ville, la crainte d’une certaine perte de dynamisme, est aussi une préoccupation très partagée. La politique culturelle a aussi été évoquée, et elle est vue comme une partie à part entière de la question sociale. L’ouverture d’une salle de spectacle, et une offre plus diversifiée, plus à destination des jeunes, reviennent dans les questionnaires.
Quelles suites ?
« On le voit, le miroir a bougé, estime Jérôme Gras, adjoint au maire en charge du social. À nous de travailler en fonction de ces résultats. »L’élu entend « conserver ce qui marche très bien aujourd’hui », tout en « réajustant l’offre en fonction de ce qui a pu ressortir de ces diagnostics. » Ainsi : « le chiffre de 600 arrivants par an interpelle, sur un mandat, c’est la moitié de la population sanfloraine qui se renouvelle. Il faut aller vers ces gens-là, qui sont souvent des jeunes adultes, ou des familles. » Autre population à capter : « celle des quartiers résidentiels, qui est vieillissante et de plus en plus en plus isolée. »Des catégories qui, il l’admet « ne sont pas évidentes à capter. Pour y arriver, il faudra commencer par bien nommer les choses. Le mot social peut faire peur à des gens qui ne sont pas habitués à être aidés. Mais tout le monde a besoin de lien social. » Pour y contribuer, la municipalité entend développer une acceptation plus large de la notion, en tendant vers le socioculturel car, « cela répond au besoin de la population, comme l’a montré le questionnaire. Travailler sur une offre culturelle différente est donc un axe de travail », avance Patrice Solier.Pour ce faire, trois enjeux ont été listés : réadapter le dispositif social en direction des bonnes cibles, faire en sorte qu’il soit facteur d’attractivité, et travailler sur l’inclusion sociale des plus fragiles. Sachant que la question des aidants sera aussi prise en compte.
RencontresAprès avoir réuni des comités composés pour moitié d’élus et moitié de partenaires institutionnels, puis, la semaine dernière, une assemblée plénière avec tous les acteurs du monde social, deux rencontres avec les Sanflorains, pour débattre de la politique à mener, sont programmées les 8 et 15 juillet.
Yann Bayssat