Arrestations après les incendies du relais des Cars et chez Enedis à Limoges : « le scénario de Tarnac qui se répète »
Environ soixante-dix personnes se sont réunies devant le commissariat de Limoges pour protester contre les arrestations menées mardi à Gentioux-Pigerolles, en Creuse, Cieux et Bussière-Boffy, en Haute-Vienne.
Il était 6 heures lorsqu'une opération conjointe réunissant la police judiciaire de Limoges, la section de recherches et la sous-division antiterroriste a permis d'interpeller six personnes, soit quatre femmes et deux hommes. Parmi eux, la directrice de l'école maternelle et primaire de Gentioux-Pigerolles, qui dans trois semaines, s'apprêtait à prendre sa retraite.
Une femme présentée par ceux qui la connaissent comme « calme et patiente avec ses élèves », mère de famille et grand-mère depuis peu. « J’animais des ateliers de mathématiques dans les classes. Marie-Claire est une très bonne maîtresse, rigoureuse, calme. Quand on m’a appelée pour m’annoncer la nouvelle, je suis tombée du camion », témoigne Véronique, 61 ans.
Choc et incompréhension« On est choqué et dans l'incompréhension. Elle était directrice depuis des années et on s'apprêtait à célébrer sa retraite. Jamais nous n'avons eu un seul problème avec elle », témoignait un membre de l'équipe municipale joint par téléphone.
Devant le commissariat, d'immenses banderoles ont été déployées dont l’une recouverte de dessins d’enfants accompagnés de ces mots « Rendez-nous notre institutrice ».
« Qui terrorise qui ? 2008 Tarnac, 2021 Gentioux », pouvait-on lire sur une autre. En 2008, l’arrestation de ceux que les pouvoirs publics avaient présenté comme des anarcho-autonomes ayant saboté des trains avait tourné au fiasco judiciaire. La « Bande de Tarnac » avait été relaxée.
« Là encore, c'est une opération qui vise à faire peur à la population en utilisant ces termes effrayants pour parler de personnes qui ont dédié leur vie à la collectivité et à la justice sociale », témoignait l’un d’eux, préférant ne pas donner son prénom. « Cela permet de détourner le regard sur les politiques sociales, sécuritaires, ou migratoires qui sont odieuses et criminelles. »
Jean-Paul, le compagnon de la directrice d'école était présent lui aussi. « Si l’on veut comprendre ces arrestations, il faut les lire à la lumière des prochaines élections. On veut montrer à la population combien le Gouvernement est efficace. Cela fait 30 ans que nous vivons ensemble. A-t-elle commis ces faits ? À Gentioux, ça fait hurler de rire tout le monde ! C’est une institutrice de maternelle, très maternelle justement qui vient tout juste d’avoir une petite-fille. »
« Le scenario se répète »Pour les manifestants, c'est assurément « le scénario de Tarnac qui se répète ». « Ils font le buzz avant les élections. Cela leur permet de dire : on a déjà attrapé des gens de l’ultra droite. Aujourd’hui, on arrête des gens de l’ultra gauche. Regardez comme cet ultra centre est merveilleux ! », ironisait Véronique.
Les enquêtes conjointes concernant l'incendie d’une antenne relais le 11 janvier aux Cars, en Haute-Vienne, et l'incendie volontaire de voitures d'Enedis dans la nuit du 10 au 11 février 2020 à Limoges se poursuivent.
Selon une source policière, les gardes à vue doivent permettre de « déterminer qu’elle est l’implication des uns et des autres et leur degré de participation dans la commission des faits ». En la matière, elles peuvent durer 96 heures.
Franck Lagier