Condamné par la fusion de l'Auvergne et de Rhône-Alpes, le label Nattitude renaît par la volonté de ses adhérents
Tous les acteurs touristiques ou presque parlent aujourd’hui de slow tourisme. Traduisible par « tourisme bienveillant », il promet une expérience respectueuse de l’environnement, dans des secteurs authentiques, préservés et loin des spots très fréquentés. Autre impératif actuel du tourisme, l’expérience client.
Pour résumer, si le matelas de votre hôte est un peu moins bon que dans un hôtel, ce n’est pas si grave si votre hôte sait raconter des histoires et offre un bel accueil. Ces deux tendances, le comité régional de tourisme (CRT) de l’Auvergne les avait anticipées il y a une douzaine d’années, en créant le label Nattitude. « Le but était de casser une image vieillotte, et d’attirer le regard des touristes sur la moyenne montagne », se souvient Jean-François Jobert, qui a porté le projet au CRT d’Auvergne. Nattitude a réuni jusqu’à 180 adhérents mais n’a pas survécu à la fusion avec Rhône-Alpes.
Relancé par cinq hébergeurs« J’étais impliqué depuis le début et quand j’ai vu que tout allait partir à la poubelle, je me suis dit ce n’était pas possible », se souvient Pierre-Marie Tissier, propriétaire du château d’Ygrande, dans l’Allier.
Avec quatre autres hébergeurs, trois dans le Puy-de-Dôme et un dans l’Allier, il a décidé de reprendre le flambeau. Après avoir négocié avec la Région Auvergne-Rhône-Alpes pour obtenir le droit d’usage de la marque, les statuts de l’association Esprit Nattitude étaient déposés en juillet 2018. Première grosse surprise pour les relanceurs du label, l’adhésion de leurs pairs.
« Nous avons contacté les adhérents en leur demandant de nous suivre, sachant qu’à partir de là il faudrait payer une cotisation, puisque nous ne pourrions plus bénéficier des subventions de la Région et de l’Europe. Environ la moitié, soit 90, ont accepté »
« C’est une vraie satisfaction d‘avoir vu une initiative institutionnelle perdurer dans une association », se réjouit Jean-François Jobert, qui se souvient être allé au ministère des Affaires étrangères et au Brésil présenter le concept Nattitude.
Compétente sur l’ensemble de la région, Esprit Nattitude soulève l’intérêt dans les secteurs de moyenne montagne de Rhône-Alpes, loin des secteurs les plus touristiques, qui n’en ont pas besoin. « Nous avons des demandes dans la Loire, le Rhône, la Drôme. Nous venons d’agréer six hébergeurs », indique le propriétaire du château d’Ygrande. « Le concept est super bien accueilli. Mais c’est embryonnaire, car on aurait besoin de bras et de temps, notamment sur la communication. »
Avec seulement 15.000 euros de budget et deux animatrices (dont une chargée de communication un jour par semaine depuis janvier), Esprit Nattitude a en effet des moyens limités. « Et moi je suis bénévole, je travaille 365 jours par an, donc s’il faut aller dans la Drôme, pour un agrément, ce n’est pas possible », indique Pierre-Marie Tissier. Mais il en est persuadé, « on est à un stade où on sent que les interlocuteurs, notamment les institutionnels, nous font confiance, cela va se mettre en route. »
L’objectif d’Esprit Nattitude n’étant pas de devenir un site de réservations, l’association est aussi en train de passer des conventions avec des plateformes de séjours écoresponsables, telle que Vaovert, qui permettront à ses adhérents d’être référencés.
Laurent Bernard