Répéter ses textes en visioconférence ? La troupe les Coqueluches de Saint-André-le-Coq (Puy-de-Dôme) improvise pour rester à flot
« Tant qu’on a la passion… » C’est avec cette simple formule que l’on pourrait résumer l’état d’esprit de la troupe de théâtre les Coqueluches, basée à Saint-André-le-Coq, et confrontée, comme beaucoup, à une activité au ralenti du fait de la crise sanitaire. La passion, c’est ce qui fait tenir cette troupe, de six comédiens, qui a dû renoncer à la scène, l’essence même de ce qui fait leur identité. Et c’est la passion qui ne fera pas non plus flancher l’optimisme de Ghislaine Gervais, présidente de la troupe. « On ne perd pas le fil, et il faut bien garder le moral. On a eu deux représentations l’année dernière, puis des festivals ont été annulés. On a tourné une page. Et je crois qu’il ne faut pas regarder dans le rétro, ou alors, il faut regarder que le positif ».
Garder le lien à tout prixPour la troupe, ce positif, c’est l’adaptation de ses membres, alors même que le second confinement et les couvre-feux les empêchent de répéter. « On le fait donc par Whatsapp, en visioconférence, explique Ghislaine Gervais. Et tout le monde joue le jeu, garde le moral. Ce n’est pas facilement gérable, c’est par téléphone et ça ne remplace pas le présentiel. Mais on le fait surtout pour garder le lien. »Les dernières représentations de la troupe datent de début 2020.Un système D improvisé, mais indispensable pour Les Coqueluches, qui se refusent de rester en sommeil.
La troupe est ainsi en train de monter une pièce, en quatre actes, et tout le monde s’active comme il le peut pour apprendre ses textes… Sans pour autant être encore sûrs de pouvoir seulement les jouer cette année. « Beaucoup de pièces sont déjà reportées à l’année prochaine. Notre fonctionnement, c’est de faire nos représentations au cours du premier semestre, et le deuxième semestre est consacré à monter une nouvelle pièce. Mais au vu du début de l’année 2021… Ça va être compliqué. »
« La culture à notre échelle, ça commence à craindre »Mais qu’importe si l’année doit être blanche de nouveau, Ghislaine Gervais veut continuer, coûte que coûte, pour les comédiens de la troupe, et pour le public. Même si elle reste bien consciente des difficultés. « Selon la Fédération de théâtre de Clermont-Ferrand, 30 % des troupes de théâtre amateurs se sont mises en veille. Principalement pour éviter les frais. Ça fait peur d’entendre ça, regrette Ghislaine Gervais. Qu’est-ce qui va leur arriver ? Elles vont mourir ? Ce serait triste qu’on n’ait plus de théâtre amateur. Je n’ai pas de la peine pour nous, car on a très peu d’investissement à faire, j’ai de la peine pour ces troupes, qui n’ont pas redémarré. On leur coupe les ailes. La culture à notre échelle, ça commence à craindre… »
Et les Coqueluches savent d’ores et déjà que si sortie de crise il y a, beaucoup de choses changeront.
« Avant la seconde vague, on était invité à un festival à Néris-les-Bains. Il y avait une trentaine de personnes dans la salle, toutes masquées. Et c’était très perturbant car, on n’entendait pas les gens rire, on n’avait aucun retour, on ne voyait aucune expression sur leur visage. Ça impacte vraiment l’ambiance dans la salle. Le rire, c’est primordial, surtout quand on fait du vaudeville. »
« Avant, jouer devant un public, c’était rencontrer les gens, échanger et discuter avec eux à la fin… Pour nous, amateurs, ce n’est pas l’argent qui importe. On n’est pas touché financièrement. C’est la proximité que l’on perd », ajoute la présidente.
Et cette proximité, la troupe des Coqueluches compte bien tout faire pour continuer de la préserver. Pour que la culture reste pleine de rire, et d’optimisme.
Lisa Puechagut