Pourquoi seulement deux restaurants ouvrent aux ouvriers le midi en Corrèze ?
"Ce n’est pas dans deux mois qu’il faudra donner des autorisations. C’est maintenant que les ouvriers mangent dehors, dans le froid." Françoise Cayre, la président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Corrèze ne cache pas son agacement. Voilà deux semaines, avec la fédération du bâtiment et en partenariat avec la préfecture, la chambre consulaire lançait la possibilité aux restaurateurs d’ouvrir le midi, via une convention, leurs établissements aux ouvriers.
C’est une solidarité envers les ouvriers du bâtiment, qu’ils puissent se poser au chaud et déjeuner d’un repas chaud
Environ vingt-cinq restaurants se sont inscrits auprès de la CCI pour signer une convention. L’autorisation d’ouverture doit ensuite être signée par la préfecture. Mais le système s'avère compliqué et plusieurs freins sont apparus, dont l’un financier.
Les aides maintenues par l'Etat"En ouvrant, les restaurateurs vont devoir déclarer dans leur chiffre d’affaires les repas servis aux ouvriers et cela pourrait mettre en péril le fonds de solidarité, si leur baisse de chiffre d’affaires est de moins de la moitié par rapport à l’année dernière. Ce n’est pas juste", indiquait mardi Françoise Cayre.
Un argument porté aussi par la Fédération française du bâtiment et celle des travaux publics qui a abouti, mardi soir, à l’annonce par le gouvernement du maintien du Fonds de solidarité et du chômage partiel pour les restaurants qui ouvriront aux salariés.Le ciel s’est donc éclairci pour les restaurateurs désireux de participer au dispositif. Mais il n’est pas bleu pour autant. Car d’autres règles sont imposées par la préfecture.
Mais les règles instaurées en Corrèze compliquées"La règle reste que dans les communes qui ont ouvert une salle polyvalente pour que les ouvriers puissent y manger un repas acheté à emporter chez les restaurateurs locaux, les restaurants ne peuvent pas ouvrir leur salle », indique Claire Boucher, la directrice de cabinet de la préfète.
Ne peuvent donc demander à ouvrir pour les ouvriers que les restaurants situés sur des communes qui n’ouvrent pas les salles polyvalentes.
En outre, les restaurateurs qui veulent participer au dispositif de la CCI doivent respecter un protocole sanitaire strict : "Nous demandons aux restaurateurs qui accueillent des ouvriers de mettre en place un créneau horaire par entreprise, pour éviter le brassage, à moins que les différentes entreprises n’œuvrent sur le chantier. " A tout cela, vient s'ajouter l'obligation pour le restaurateur de signer une convention avec chacune des entreprises qui enverra ses salariés déjeuner dans le restaurant. Une lourdeur admnistrative de plus. Toutes ces règles pourraient bien rebuter les restaurateurs.
Au finale, seuls deux restaurants sont ouvertsActuellement, seuls deux restaurants : l’Auberge de Thalamy, dans la commune éponyme et l’Auberge du Mont Chauvet à Saint-Merd-les-Oussines, ont l’habilitation à servir des ouvriers, le midi. Une décision prise à la demande directe des établissements en préfecture et au regard des "conditions météorologiques dégradées sur le Plateau", explique Claire Boucher.
Mardi, "treize dossiers avaient été déposés en préfecture dont dix ont été depuis retirés par les restaurateurs, au regard des règles édictées", a confié Claire Boucher. Les trois restaurateurs restants étaient en réflexion.À Tulle, la pizzeria B & N a déposé un dossier à la CCI. "Je n’ai pas, pour l’instant, de retour de la préfecture, annonce Jérémy Novais. J’ai déposé un dossier parce que j’ai une clientèle d’artisans et je ne veux plus les voir manger mes pizzas assis dehors sur un banc, dans le froid et sans toilettes. "
Estelle Bardelot