Coup fatal sur un automobiliste à Cournon-d'Auvergne en 2018 : « Je n’ai jamais eu la volonté de tuer »
Un vulgaire différend entre automobilistes… Il n’est pas encore midi, le 18 mars 2018. Il y a la queue, le long de la place Joseph-Gardet, dans le centre-ville de Cournon. Au volant de son Audi, Hicham Zine Eddine, accompagné d’Éric Trameçon, prend la voie de gauche et remonte la file de voitures. Au bout de la place, il coupe la route au premier véhicule, dans lequel se trouvent Jean-Louis Polpatelli et un ami, pour se rabattre avenue de la Libération. « J’ai regardé dans mon rétro, ils me faisaient des doigts d’honneur », affirme l’accusé.
Hicham Zine Eddine s’arrête quelques centaines de mètres plus loin, sur le parvis de la Caisse d’Épargne, pour qu’Éric Trameçon aille retirer de l’argent. L’autre automobiliste se gare alors devant la banque pour « lui faire une remontrance », décrit son passager. « Ils sont sortis pour en découdre », assure l’accusé. Une poignée de secondes seulement. Le passager sort de la voiture (ce qu’il conteste contrairement aux témoins).
« Il s’est jeté sur moi, poursuit Hicham Zine Eddine. J’ai mis mes mains devant, il a rebondi sur moi et il s’est retrouvé le cul par terre. »
Jean-Louis Polpatelli, « faible et chétif », s’avance vers Hicham Zine Eddine. Une altercation éclate. « Il m’a insulté et il m’a mis un uppercut du poing gauche. Tout en reculant, j’ai eu ce réflexe, je l’ai giflé. Je n’ai jamais eu la volonté de tuer. » Un témoin parle toutefois d’un « coup de poing de boxeur ». Jean-Louis Polpatelli s’écroule au sol « comme une crêpe ». Il ne bouge plus mais respire encore.
Hicham Zine Eddine tente de le relever. En vain. Le Cournonnais est inconscient. Pendant ce temps, Éric Trameçon poursuit son retrait bancaire. « Je les ai entendus s’engueuler, je me suis retourné et j’ai vu M. Zine Eddine lui mettre une gifle pas très forte », se souvient-il. Le duo repart finalement avec l’Audi, laissant l’automobiliste étendu sur le bitume. La scène n’a duré guère plus d’une minute. « Je suis parti parce que j’avais peur que ça s’envenime avec le passager et que ça se termine en pugilat », affirme l’accusé.
Trente ans encourusRapidement, les témoins affluent et entourent la victime. Les secours sont appelés, l’homme est transporté d’urgence au CHU dans un état critique. Jean-Louis Polpatelli succombe, une semaine plus tard, des suites du traumatisme crânien. Il avait 67 ans, des enfants et des petits-enfants. Il avait été militaire, puis facteur. « Il était à cheval sur les incivilités mais il n’était pas aigri », raconte l’un de ses fils. Pour ce coup fatal, Hicham Zine Eddine, 41 ans, encourt trente années de réclusion criminelle. Accusé de non-assistance à personne en danger, Eric Trameçon, même âge, risque jusqu’à dix ans de prison. Ils seront fixés sur leur sort ce vendredi soir.
Julien Moreau