Octogénaires braqués et ligotés en Creuse : « J'aurais eu de la haine à leur place »
Pour le deuxième acte de ces assises de la Creuse, l’accusé n’a pas perdu le goût du spectacle. « Nous ne sommes pas aux Molières là, vous n’avez pas l’impression de faire un one-man-show ? », lui lance la présidente.
Un couple, deux défensesEt plus il cherche à se faire entendre, plus l’accent du Sud est prononcé, avec excès. Exemple avec la confrontation face à son ex-compagnon de cellule, venu témoigner en précisant que la troisième personne recherchée est le fils de la complice.
Ce même fils qu’elle n’a pas vu de ses 3 à 25 ans. Il était avec son père. Elle n’en voulait pas. « Pour ce qui est du père, j’aurais mieux fait de me casser une jambe plutôt que de le rencontrer. »
Un rapport mère-fils qui s’est renoué, jusque dans la prison.
- Ah oui ?
- Oui, c’était pas hier mais avant-hier », lance, non sans fierté, l’accusé.
Tout pour le premier rôleÉlevé dans la communauté des gens du voyage, il quitte rapidement l’école avant de débuter une carrière militaire assez épanouissante. « Il était dans un cadre strict et n’avait donc pas vraiment possibilité d’enfreindre les règles. Il était moins tenté que dans la vie de tous les jours », précise le psychologue.
Devant la lecture de son parcours, l’homme actuellement incarcéré à la prison de Guéret multiplie les expressions faciales. Une biographie ? Très peu pour lui. II préfère l’action, tout en ramenant tout à lui.
Quand les séquelles psychologiques des victimes sont évoquées, le quinquagénaire leur volerait presque leur souffrance.
« Moi, j’aurais eu de la haine à leur place car je suis un sanguin comme vous l’avez remarqué. Après, chacun est comme il est. »
Lui est asocial, sans empathie, avec un parcours de vie chaotique et une certaine errance existentielle selon l’expertise psychiatrique. À ceci s’ajoute un risque de récidive.
« Ce n’est pas une complice, c’est une victime ! »Le premier rôle, David Stempinsky y tient. Alors, quand il faut protéger sa compagne et supposée complice, au volant de la voiture lors du vol, l’accent sudiste refait surface. « Je l’ai forcée à venir ! Ce n’était pas de la complicité mais de la peur ! Ce n’est pas une complice, c’est une victime ! »
Un sentiment partagé par la principale intéressée.
« Il m’a dit " Mène moi et arrête de pleurer ! " Je ne voulais pas qu’il fasse ça dans un de mes petits villages, mais je craignais sa réaction car j’ai peur des mains d’un homme. »
Difficile de comparer ce couple à Bonnie and Clyde... d’autant plus qu’ils n’étaient pas deux mais trois, l'autre personne n’ayant pas encore été retrouvée. Et, apparemment, Isabelle Bebien ne la connaissait ni de près ni de loin. Une virée en voiture les a subitement rapprochés. « Le jour du vol, on a récupéré le copain de David à Limoges mais je pensais qu’ils allaient juste faire du repérage. J’ai compris trop tard quand ils sont revenus avec les sacs alors que j’attendais dans la voiture. Et après, j’ai vu les faits exacts dans les médias.»
Le voleur à la moraleEt si elle a refusé le butin, elle s’est laissée aller aux grattages de tickets volés. « Il me l’a demandé. C’était pour que ça aille plus vite. » Une supposée implication qui pourrait lui valoir une lourde peine. Elle encourt jusqu’à 30 ans de prison pour complicité.
Son ex-compagnon, lui, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict sera connu ce vendredi.
En attendant la prise de parole de la défense lors de l’ultime jour de ce procès, David Stempinsky se plaît à endosser un nouveau costume. Les mains jointes, devant lui, comme un élève qui récite sa leçon devant « Madame la présidente. » « Sur le plan moral, c’est vrai que c’est une honte de les voler. »
Alix Vermande