Les pays pauvres privés de vaccins anti-covid-19 par les pays riches
La vaccination contre la Covid-19 qui n’était qu’un rêve chimérique au printemps dernier est aujourd’hui une réalité à l’exception, notoire, des pays pauvres.Qui s’en soucie ? Pas les grandes entreprises de l’industrie pharmaceutique, leurs intérêts sont ailleurs ; pas, non plus, les dirigeants des pays riches qui ont abusivement passé commande de peur de manquer et, sans doute, de se voir accuser d’impéritie par leur opinion publique.
Conséquence de cette préemption : si la vaccination connaît des heures de pointe dans leurs pays, elle reste une réalité inaccessible pour les pays pauvres dont les populations ont certes depuis toujours appris à se passer de tout ou presque.
Vingt-cinq doses« En l’état actuel des choses, prévient Robin Guittard, porte-parole en France de l’ONG Oxfam, neuf personnes sur dix dans près de 70 pays à faible revenu, en Afrique, en Amérique latine et en Asie du Sud-Est, n’auront pas accès à un vaccin anti-Covid en 2021 du fait que les pays riches ont accaparé suffisamment de doses pour, si tous les essais cliniques actuels sont approuvés, vacciner l’ensemble de leur population près de trois fois en moyenne, plus précisément deux fois en Europe et cinq au Canada. »
« Pour le dire autrement, insiste Robin Guittard, des données actualisées montrent que les pays riches, qui n’abritent que 14 % de la population mondiale, ont réservé 53 % des vaccins jusqu’à présent les plus prometteurs. Le directeur de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 18 janvier, a ainsi alerté qu’à peine 25 doses de vaccin avaient été administrées dans les pays à revenu faible ! »
Cet égoïsme sanitaire n’a rien de rassurant, sur le plan éthique certes, mais aussi sur le plan prophylactique : « Les virus ne connaissent pas les frontières. Laisser des populations entières ou presque sans vaccin, c’est l’assurance de voir de nouveaux variants apparaître, plus dangereux, plus résistants, y compris sans doute aux vaccins actuels. Il y a une légitimité à protéger sa population, mais il faut voir plus loin, avoir une approche à l’échelle mondiale de la pandémie et ce, d’autant plus que les outils existent. À l’appel de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé), le dispositif Covax vise à assurer un accès rapide et équitable aux vaccins anti-Covid. C-TAP a, lui, pour objectif de rendre accessibles à tous les traitements, les vaccins, les tests et les autres technologies de lutte contre la Covid. »
Logique commercialeMais il n’y a pas que le coronavirus qui fasse de la résistance : « Les sociétés pharmaceutiques se servent des fonds publics, en l’occurrence pas moins de dix milliards de dollars, pour mener leurs recherches, mais conservent des droits exclusifs et gardent jalousement secrète leur technologie pour accroître leurs profits. Cette logique monopolistique risque de coûter de nombreuses vies. »
« Partager ces technologies vaccinales, poursuit le porte-parole d’Oxfam est d’autant plus nécessaire que les capacités de production de ces grandes firmes pharmaceutiques sont déjà sous tension. D’autres pays ont les capacités de les produire. L’OMC (Organisation mondiale du commerce) dispose d’ailleurs, dans son arsenal juridique, d’un mécanisme de suspension momentanée du droit de propriété intellectuelle. L’Inde et l’Afrique du Sud l’ont évoqué. Les États-Unis, le Canada et l’Europe s’y sont opposés, tous soucieux de la prospérité de leurs industries pharmaceutiques. La Chambre de commerce internationale a pourtant estimé à 9.000 milliards de dollars l’impact économique de ne pas vacciner les pays les plus pauvres d’ici fin 2021. » Intérêts décidément mal compris…
Jérôme Pilleyre
Pétition. L'ONG Oxfam relaie une initiative citoyenne européenne sur la question de l’accès aux vaccins pour tous et la transparence des contrats avec les entreprises pharmaceutiques lancée en novembre dernier. Pour en savoir plus : https://www.oxfamfrance.org/financement-du-developpement/5-raisons-de-soutenir-linitiative-citoyenne-europeenne-sur-les-vaccins/