Les élus du Cantal mobilisés pour faciliter la vaccination des plus de 75 ans
« Il ne s’agit pas de pouvoir reprendre la belote tout de suite après avoir été vacciné », sourit Clément Rouet, maire du village de Ladinhac, 458 âmes. Cette explication, l’édile a dû la donner à quelques uns de ses administrés. « Dès l’annonce de l’ouverture de la vaccination aux personnes âgées de plus de 75 ans, nous avons décidé, avec la commission solidarité, de les contacter et de leur proposer de l’aide », explique-t-il. Une initiative reprise rapidement par l’Association des maires de France.
« Nous avons décidé, comme nous le faisons régulièrement pendant les périodes de canicule ou plus récemment, de confinement de récupérer notre fichier de personnes fragiles et ou en difficulté. »
Des registres sur lesquels tous ne sont pas inscrits mais certains élus se sont appuyés sur d’autres listes. Jacqueline Cabannes, adjointe au maire du Rouget-Pers, en charge des solidarité, s’est appuyée sur un document créé pendant le confinement. « Beaucoup m’ont fait part du souhait d’être emmené au centre de vaccination, car certains ne conduisent que dans un périmètre restreint alors on est là pour les aider », souligne l’infirmière à la retraite. Des affichettes ont été apposées dans les différents commerces des bourgs du Rouget et de Pers, les volontaires ont jusqu’au 4 février pour s’inscrire auprès de la secrétaire de mairie.
Des créneaux réservésA Ladinhac, les élus ont donné de leur temps pour récupérer le consentement des habitants. « Sur les 56 personnes contactées, 16 nous ont dit être intéressées par cette proposition », récapitule Clément Rouet. D’autres ont pris leurs dispositions eux-mêmes et les derniers n’ont pas encore pris leur décision ou sont farouchement opposés à cette vaccination. Au Rouget-Pers, c’est un peu pareil. « Ceux qui sont vraiment très âgés me disent qu’ils n’en ont rien à faire, qu’il faut bien mourir de quelque chose », reprend Jacqueline Cabannes.
Dans le bourg de Ladinhac, c’est un peu différent. « Mes concitoyens ont su que j’avais perdu mon grand-père de cette maladie et se rendent compte qu’on peut mourir seul si on est victime du Covid-19, donc ils sont moins catégoriques », constate l’édile ladinhacois.
Pour autant, les personnes volontaires sont recensées sur un site internet, géré par l’AMF et qui permet d’avoir une vue d’ensemble sur la situation cantalienne. « Une fois que nous pourrons prendre rendez-vous, après mi-février, il faudra organiser le transport vers le centre de vaccination le plus proche », souligne Jacqueline Cabannes. Des moyens de transport mis à disposition par les municipalités donc.
« Mais à terme, il faudra bien trouver une solution pour les personnes qui ne peuvent pas du tout se déplacer », s’inquiète Michel Teyssedou, maire de Parlan. C’est à cette problématique que tentent de répondre Bruno Faure, président du Département et le Docteur Jean-François Collin, président de l’Ordre des médecins.
« Dès que les problèmes logistiques de transport des vaccins seront résolus, nous pourrons mettre le bus à disposition comme nous l’avons fait pour les tests. Puis, pour les personnes qui ne se déplacent pas du tout, nous pouvons imaginer une voiture qui fait le tour du village, avec un médecin et un infirmier. Ils sont prêts à nous aider », assure le président du Cantal.
Sur place
À Marcenat, la maire, Colette Ponchet-Passemard, entend aller plus loin. Car loin, le premier centre de vaccination l’est. 45 minutes pour rallier Saint-Flour, une bonne heure pour Mauriac… quand la neige ne s’en mêle pas.
J’ai été sollicité par des habitants qui ne savent pas comment s’y rendre. Comme nous l’a incité l’AMF, j’ai fait le tour des personnes qui pourraient avoir besoin de transport pour se faire vacciner. Il y en aurait entre trente et cinquante, selon leur volonté ou non de se faire vacciner. La mairie ne peut pas payer autant de taxis !
Mais si les Marcenatais ne peuvent aller au vaccin, le vaccin pourrait venir à eux, espère-t-elle. « Le docteur Decorde est à la retraite depuis trois ans, mais comme il est toujours salarié de la maison de retraite, il est habilité à vacciner. C’est d’ailleurs lui qui a mené la campagne à l’Ehpad. Donc on a discuté, il est chargé de récupérer des doses, et nous de faire la liste des personnes qui veulent se vacciner, sans les forcer bien sûr. Et il pourrait les vacciner ici. »Une initiative qui a séduit la population… et ses voisins du Cézallier. « D’autres maires m’ont demandé s’ils pouvaient en faire profiter leurs habitants… mais il faut d’abord qu’on récupère les doses, ce qui n’est pas le cas ! C’est compliqué. Mais une fois que les Marcenatais en auront profité, bien sûr que j’y serais favorable, il ne s’agirait pas de gâcher des doses. »
Yann Bayssat et Estelle Lévêque