Cet ancien proviseur à Yzeure (Allier) dirige le Lycée français du Caire
Après avoir fait le tour de l’Académie de Clermont-Ferrand et passé six ans à la tête du lycée Jean-Monnet à Yzeure, « une perle en en termes de projet d’enseignement professionnel et technologique », Frédéric Bromont a mis le cap sur d’autres horizons.
« Je voulais sortir de ma zone de confort. Avec mon épouse, Sophie (*), nous avons toujours eu une vie assez agitée, dynamique. Le hasard a voulu que nous tombions sous le charme de l’Égypte lors d’un voyage en septembre 2019 ».
Il candidate auprès de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) en septembre 2019, demande le Moyen-Orient. Et accepte le prestigieux Lycée français du Caire (LFC) sans même le visiter.
Frédéric Bromont, ancien proviseur du lycée Jean-Monnet, profite de son temps libre pour visiter les sites de Gizeh, Saqqarah...
Ambiance cosmopoliteEn août 2020, le voici à la tête de cet établissement payant de 2.000 élèves, de la maternelle au bac, de plus de 140 enseignants.
Le tout réparti est sur 4 sites, un lycée-collège (plus de 1.000 élèves) dans le quartier de Méarag, trois écoles primaires (1.000 élèves en tout) dans un rayon de 20 km autour du site de Méarag, une à Maadi (banlieue sud du Caire), une à Zamalek (île sur le Nil proche du centre du Caire), et la dernière à New Cairo (nouvelle banlieue au sud-est du Caire).
Les élèves comptent 28 % de Français, 66 % d’Égyptiens issus des couches sociales très favorisées, et le reste, d’autres nationalités, francophones et francophiles : Canada, Afrique occidentale…
Bio express. 17 juin 1969, naissance. Septembre 2004, proviseur-adjoint à Issoire. Septembre 2010, proviseur à Aurilla.Septembre 2013, proviseur du lycée Jean-Monnet à Yzeure. 1er septembre 2020, proviseur du Lycée français du Caire pour trois ans (renouvelable deux fois un an)
Le proviseur du Lycée français du Caire devant la Tour Eiffel rouge installée au coeur de l'établissement, qui symbolise la France.
« Dans les couloirs, on entend à la fois parler l’arabe, l’anglais et le français. Les élèves ont pour point commun d’avoir tous un excellent niveau.
Les Égyptiens qui choisissent le LFC ont une culture d’ouverture au monde, ils continuent leurs études hors de l’Égypte. Francophiles, ils baignent dans cette culture française depuis plusieurs générations. Ils viennent chercher une qualité d’enseignement, un avenir d'excellence. Le bac est très apprécié par les Égyptiens, il conserve une valeur forte. Par ailleurs, un diplomate qui change souvent de pays privilégie l’enseignement français car il sait qu’il le retrouvera partout.
L’arrivée au Caire« Les trois premiers jours étaient déstabilisants. On ne connaissait personne. Il faisait 40°. Alors on se met des claques pour régler les problèmes. On nous a aidé à trouver un véhicule, une maison [à l’étranger, les logements de fonction sont rares], un traducteur en arabe égyptien. On a été très bien entourés. Les Égyptiens sont un peuple généreux, très attaché à la cellule familiale. En trois jours, le cap était passé ».
lls s’installent à Maadi, banlieue « très verte, proche du Nil, le quartier des expat’. On s’est reconstruit une vie sociale. On côtoie des Néozélandais, des Canadiens, des Français et des Egyptiens francophones ou anglophones. On baigne dans une culture ouverte sur le monde, beaucoup d’expat’ ont bourlingué dans plusieurs pays. Ma femme, qui est en disponibilité de l’Éducation nationale, en profite pleinement ».
Les questions administratives comme la couverture santé ont été réglées en quelques semaines. « On est dans une mégalopole de 20 millions d’habitants, on le prend comme une chance même s’il y a des côtés moins agréables, comme la pollution, la circulation, mais c’est une grande ville, moderne ».
Le Bourbonnais dans son bureau au Lycée français du Caire
Feuille de route« Elle est chargée ! Il y a notamment le projet de restructuration de l’école de Maadi, le site historique du LFC, pour faire face à l’explosion démographique. En Egypte, 35 % de la population a moins de 25 ans. Les effectifs devraient doubler d’ici 2030. L’Égypte est un des rares pays dans le monde où on développe l’enseignement français ».
Crise sanitaire« On est arrivés dans une période compliquée. En Egypte, toutes les écoles étaient fermées depuis mars. En septembre, les deux premières semaines se sont faites en distanciel. Puis on est passé en enseignement hybride, avec une partie de la semaine en présentiel, une partie en distanciel, à tous les niveaux, y compris en maternel. On a la moitié des élèves en permanence ».
Un fonctionnement qui perdure aujourd’hui alors que les écoles égyptiennes ont fermé début janvier.
La situation sanitaire s’est tendue, et il est difficile de se faire tester, car un test coûte environ le tiers du salaire moyen d’un Égyptien
« Port du masque obligatoire, distanciations… Tout est fait pour maintenir l’accueil des élèves en sécurité. Les familles sont plus présentes qu’en France, elles sont très inquiètes à la fois des mesures sanitaires et de la poursuite de la scolarité. On est en permanence sur un chemin de crête, il faut trouver un équilibre au quotidien. Mais la vie culturelle, économique, commerciale continue ».
Enjeux diplomatiques« La question de la sécurité est prégnante. Nous avons notre propre service de sécurité, épaulé par la sécurité locale. La surveillance des entrées avec un scanner, ça fait partie du quotidien. Les enjeux diplomatiques sont très présents, dans le LFC, qui accueille les enfants de diplomates, de membres de grands groupes français comme Vinci, Bouygues, qui construisent l’extension du métro du Caire. Le lycée, directement attaché à l’ambassade de France, est un levier pour la politique d’influence de la France à l’étranger ». Lui-même est rattaché au ministère des Affaires étrangères.
Coups de cœur« On a visité Gizeh à la sortie de la première vague du Covid. On était presque seuls sur le site. C’était assez émouvant. J’aime quand les minarets se mettent en action, le soir, au moment de l’appel à la prière. La navigation sur le Nil, qui est un vrai moyen de transport. Et cette lumière… La douceur hivernale est très agréable, mais on sait que dès avril-mai ce sera plus difficile ».
Liens avec l'Allier et l'AuvergneFrédéric Bromont travaille sur la construction d'un nouveau site internet avec l’appui de l’agence bourbonnaise CToutCom.
Les enfants du couple sont restés en France. L’un d’eux est en BTS au lycée Jean-Monnet, l’autre est étudiant à Clermont-Ferrand.
D’autres envies d’ailleurs, après seulement six mois au Moyen-Orient ? Visiblement, oui. « Cela fait partie d’une réflexion personnelle sur la vie active, mais aussi de retraité », confie le Bourbonnais.
Ariane Bouhours
(*) Elle aussi personnelle de direction, elle a travaillé dans l'Allier à Moulins, Tronget, Montluçon.