Fils de déporté, il témoigne devant les élèves du collège Blaise-Pascal à Clermont-Ferrand
Grâce à la visioconférence, les élèves du collège Blaise-Pascal ont pu écouter le témoignage poignant du Docteur Gilbert Serpin, enfant caché pendant l'occupation nazie, sans quitter leur salle de classe clermontoise.
Le récit poignant de Gilbert Serpin, fils de déportéPendant une heure riche en émotions, Gilbert Serpin a ouvert le livre de son enfance. Fils de chapelier, il a grandi à Paris avant que la guerre n'éclate le 3 septembre 1939. Après avoir traversé la Loire, sa famille a trouvé refuge dans une ferme du Béarn, chez les "Mora". Son papa devient alors ouvrier agricole, lui retrouve les chemins de l'école.
Tous les soirs, Radio Londres retentit avec son lot de nouvelles. C'est le 12 juin 1941 au matin que tout bascule.
« Il est 5 heures. On frappe à la porte. Ma mère ouvre. Deux gendarmes viennent arrêter mon père. C'est l'époque où les juifs sont recherchés et mon père s'est inscrit à la gendarmerie. Ma mère lui indique qu'il peut se sauver, mais il ne bouge pas et accepte de partir avec les gendarmes... Sûrement pour nous protéger. Je ne reverrai plus mon père... »
La demande de la famille Mora pour le libérer n'y fera rien. Après le camp d'internement de Gurs près de Pau, le père de Gilbert Serpin est envoyé à Drancy, puis au camp d'extermination polonais de Sobibor. Il n'en reviendra jamais.
Muni de faux papiers, le jeune Gilbert, lui, abandonne son nom et s'enfuit aux côtés de sa mère. Ensemble ils rallient un petit village de la Chartreuse. Confié à une famille de paysan, le jeune garçon retourne à l'école et découvre le métier de paysan. Le curé lui apprend même à devenir un bon catholique. « A plusieurs reprises il me demandera mon certificat de baptême, mais à chaque fois je trouve la bonne excuse.... jusqu'au jour où les cloches se mettent à sonner. C'est la libération ! »
Le retour à Paris est difficile. L'appartement des Serpin, réquisitionné par les Allemands, redevient leur propriété mais l'essentiel est ailleurs. « Tous les jours, maman allait à l'Hôtel Lutecia munie d'une photo de mon père. C'est là où les déportés arrivaient. Mon père lui n'est jamais rentré. »
Emotions et réactionsUn récit tragique qui, malgré la distance imposée par la visioconférence, a suscité émotions et réactions des élèves et professeurs du collège Blaise-Pascal qui ont multiplié leurs questions pour tenter de comprendre l'incompréhensible, pour tenter de mettre des mots sur l'indicible.
Pédagogue, Gilbert Serpin, a insisté sur le poids des mots et des chiffres.
« Shoah, en hébreu, signifie "anéantissement". C'est la réalité. A Auschwitz, on faisait disparaître 20.000 personnes par jour ! C'est une ville comme Issoire qui était rayée chaque jour de la carte. »
Avant de questionner : « Comment l'esprit l'humain a pu accumuler tant de haine pour exterminer tant de gens ? On ne trouvera jamais de mot assez fort pour qualifier cette tragédie. » Au total, un million de juifs ont été exterminés dans ce camp de la mort.
L'indispensable témoignage des vivantsUn témoignage aujourd'hui essentiel pour le Président de la communauté juive de Clermont-Ferrand, Sabino Moustacchis, qui a suivi ce récit depuis le centre culturel Jules Isaac. « La mémoire repose sur les témoignages des survivants et sur les travaux des historiens. Cette mémoire doit être vivifiée à mesure que les témoins disparaissent. C'est pour cela que nous avons souhaité que les élèves de notre région reçoivent directement des témoignages vivants. »
Le recteur Karim Benmiloud était aux côtés des collégiens de Blaise-Pascal pour commémorer la Shoah
L'éducation en rempartUn devoir impératif de transmission partagé par Karim Benmiloud, recteur de l'académie de Clermont-Ferrand, qui a insisté sur la « nécessaire construction de remparts contre l'antisémitisme, toujours rampant dans la société. » Comment ? En inscrivant les élèves dans un parcours de citoyenneté éclairé, incarné, parsemé de clefs de compréhension.
« Prévenir les crimes contre l'humanité, c'est éduquer à l'altérité, à la différence, à la laïcité. »
Carole Eon