Les petites fées préma de Corrèze tricotent pour les bébés prématurés
Sur la grande table en bois de sa maison moderne de Vitrac-sur-Montane, à une quinzaine de kilomètres de Tulle (Corrèze), trônent une dizaine de cartons. À quelques jours de Noël, la cuisine de Stéphanie Cvitic est transformée en atelier de confection de boîtes qui vont ravir les parents des nouveau-nés de la maternité de Tulle.
Une naissance pas attendue si tôtC’est là, le 26 novembre 2017, que la jeune femme, alors enceinte de sept mois et demi, a accouché. En urgence. « Je suis allée à la maternité en consultation, se souvient Stéphanie Cvitic. Je faisais une prise de sang toutes les semaines et la dernière était mauvaise, j’avais des maux de tête, j’étais enflée de partout… » À l’issue de la consultation, l’équipe médicale décide de garder la future maman. C’est samedi et elle espère rentrer chez elle dès le lendemain. Mais le dimanche, au regard des nouveaux résultats d’examen qui se dégradent, la jeune femme doit accoucher en urgence. « À 16 heures, ils m’ont dit “dans une heure, on vous fait une césarienne”. »
Pour Stéphanie Cvitic, qui fait une pré-éclampsie, c’est le chaos. Parce que le bébé n’était pas attendu si vite.
Ma valise de maternité était faite, mais elle était chez moi, mon conjoint travaillait ce jour-là. On avait le prénom mais comme il nous restait un mois et demi avant le terme, on n’en avait pas arrêté l’orthographe…
Finalement, Timéo est né et pesait 2,3 kg. « Je l’ai eu quelques secondes contre la peau et il a été placé en couveuse, avec un peu d’oxygène. »
Pas de layette prévueFinalement, elle ne verra Timéo que le lundi. Un bébé petit. « On m’annonçait un beau bébé à terme, rappelle-t-elle. Mais Timéo est né avec beaucoup d’avance et plus petit que prévu. Je n’avais donc pas de petite layette. Il avait besoin de faire du peau à peau mais je n’avais pas d’écharpe pour… » Pendant onze jours, Stéphanie Cvitic et Timéo restent à la maternité. « Les préma sont fragiles, ils sont reliés à des machines, scopés, sondés, avec des capteurs partout… Timéo a mis un mois et demi avant de savoir téter. Pour moi, cette période a été un grand moment de solitude. Pour une naissance, on se prépare à recevoir de la visite et là rien, je n’avais qu’une envie : rester seule avec mon bébé, loin des microbes. »
Le fils de Stéphanie Cvitic est né à 7 mois et demi de grossesse. Elle n'avait alors pas prévu de layette de petite taille.
Et trouver des vêtements pour un préma ne s’avère pas si simple : « À cette époque, à Tulle, on trouvait peu de taille zéro. Les toutes petites couches, il fallait les acheter chez les pharmaciens, mais c’était très cher alors je les roulais… À la maternité, comme je n’avais pas de vêtements, le service a habillé Timéo avec ce qu’ils avaient, il avait des chaussettes roses… »
Des boîtes bien fourniesCette expérience qui l’a profondément marquée, Stéphanie Cvitic a décidé de la mettre au profit des autres mamans de bébés prématurés. Dès 2018, elle se rapproche de l’association Les Petites fées préma et en devient la référente départementale avant de créer les Petites fées préma Corrèze voilà quelques jours.
Le but ? Fournir à la maternité de Tulle des boîtes contenant des petits vêtements en tricot.
Je voulais donner des boîtes avec de la layette préma, fait main.
Un élan de solidarité qui fonctionne de suite : « Des amies ont commencé à tricoter, puis des amies d’amies… » Actuellement, Stéphanie peut compter sur un cercle de trente-six personnes (dont un homme) qui cousent, tricotent, crochètent. « Elles font des bonnets, des brassières, des pyjamas, des pantalons qui sont répartis dans les boîtes », confie la maman.
Chaque boîte renferme un bonnet, des chaussons, une brassière, un pantalon adapté, un body et un prémadou, un carré de tissu qui peut servir de doudou au nouveau-né. Ce contenu est parfois enrichi de produits de soins bio, en fonction des envois de marques. « On a eu une livraison de liniment et nous devrions avoir de la crème bio pour le change », indique celle qui gère les stocks et livre les boîtes une fois par trimestre. « À chaque fois, j’en livre une douzaine à la maternité de Tulle. Quand il ne leur en reste que 2 ou 3, ils appellent et je livre. »
En fonction des besoins de la maternitéDans les boîtes livrées par l'association, un pyjama, une brassière, des chaussons, un bonnet...Pour ces boîtes qui sont offertes aux parents de bébés en néonat, les tricoteuses suivent les conseils de Stéphanie et les besoins de la maternité. « Je demande à la maternité ce dont ils ont besoin. Je sais par exemple qu’il faut utiliser de la laine avec 30 % de laine maximum ou de la laine spéciale bébé. Il ne faut pas utiliser de laine qui bouloche parce que les bébés peuvent avaler ces petites boules. »
La laine, Stéphanie Cvitic en reçoit via des dons qu’elle donne aux tricoteuses, ou ces dernières l’achètent (*). Quant au choix des vêtements tricotés, là aussi elle oriente :
Je demande aux tricoteuses ce qu’elles savent faire et je les conseille. Un bébé prématuré est souvent relié à des machines via des fils. Le plus pratique est que la brassière se boutonne par le devant. Et comme les boîtes sont autant pour des garçons que pour des filles, je demande des couleurs mixtes et joyeuses comme le jaune, l’orange, le moutarde…
Quels retours l’association a-t-elle de ces dons ? Peu globalement. « Trois parents m’ont écrit, certains ont voulu nous rendre les vêtements, d’autres ont laissé la layette à la maternité. Un papa de jumeaux m’a demandé de remettre les vêtements portés par ses enfants à d’autres petits mais tout ce que nous donnons est neuf », précise la maman de Timéo désormais scolarisé à Eyrein.
De nouveaux partenairesAu fil des mois, l’association grandit et son activité s’étoffe. « Nous travaillons en partenariat avec l’Association culture et loisirs (ACL) de Saint-Martial-de-Gimel, des tricoteuses qui ont fait des robes en taille préma et qui vont faire une gigoteuse en taille préma, des bodys en tissu… On va faire des tests. »
En 2020, l’association corrézienne a livré une cinquantaine de boîtes à la maternité de Tulle. Et ce n’est pas fini. Stéphanie Cvitic voit plus loin. Elle aimerait pouvoir gâter aussi les parents d’enfants nés prématurément à la maternité de Brive.
(*) L’association a lancé une cagnotte en ligne baptisée Petites fées préma Corrèze sur Helloasso, afin de collecter des fonds qui serviront à acheter de la laine, du tissu et faire fonctionner l’association.
Contact : l’association a une page Facebook. Pour tout contact : 06.47.24.94.27.
Texte : Estelle Bardelot Photos : Frédéric Lherpinière