En Creuse, une professeure et ses élèves dénoncent avec un clip vidéo le caractère « pas essentiel » de la danse
Elle voulait exprimer un certain « ras-le-bol » vis-à-vis du sort réservé à son milieu dans ce contexte de pandémie de Covid-19. La professeure de danse Fanny Avarello a publié, la semaine dernière sur sa page Facebook, un clip vidéo réalisé avec ses élèves.
Sur la musique Pas essentiel du chanteur Grand Corps MaladeOn y voit les apprentis danseurs de 4 à 15 ans de Sainte-Feyre, Gouzon, Chambon et Saint-Sulpice-le-Guérétois se mettre en scène sur la chanson Pas essentiel du chanteur Grand Corps Malade.
« On en avait besoin, souffle Fanny Avarello. C'était un besoin pour nous, pas que pour moi. Je leur ai proposé après leur avoir demandé s'ils considéraient la danse comme "non-essentiel". Ils m'ont répondu "non". J'ai senti qu'eux aussi en avaient gros sur la patate. Alors, comme on ne peut pas le dire, on l'a fait à notre manière, avec cette chanson qui nous parle beaucoup. »
Les cours à destination des enfants avaient été réautorisés la veille, les cours adultes restant interdits. « On a eu l'autorisation de rattaquer par le ministère, mais mercredi (16 décembre) le maire de Gouzon nous a dit que le décret n'avait pas été validé par la préfecture (de Creuse). En fait, ils avaient oublié de mettre le paragraphe sports et loisirs à jour. Ça dit vraiment à quel point on est considérés comme non-essentiels ! »
« Incohérences totales »« Pour la même activité, certaines salles peuvent rouvrir et d'autres non, parce qu'on réfléchit en classification de salles et pas en secteur de métier. »
Il faut dire que certaines situations apparaissent ubuesques. « Pour la même activité (la danse), certaines salles peuvent rouvrir et d'autres non, parce qu'on réfléchit en classification de salles et pas en secteur de métier, explique Fanny Avarello. Sauf que c'est compliqué si on n'a pas nos locaux. Il y a des incohérences totales ! » La professeure ne cache pas que la situation la mine. « J'ai un tempérament fort et pourtant j'ai eu des phases critiques. Alors je n'imagine même pas les autres... » Fanny Avarello reste néanmoins déterminée : elle a envoyé des courriers directement à Roselyne Bachelot, à son ministère de la Culture ainsi qu'à la Drac (Direction régionale des affaires culturelles). Elle s'est également adressée au député de la Creuse Jean-Baptiste Moreau, dont la conseillère parlementaire s'est montrée, selon elle, « à l'écoute ».
Reprendre les cours, même avec des contraintes« Bien sûr qu'on nous balance des aides, mais nous on a une clientèle à fidéliser. J'ai déjà perdu 40 adhérents sur les 300 que je possède. Pourtant j'ai maintenu des cours, fait de la visio...Si ça ne reprend pas en 2021, je vais finir par perdre tout le monde. » Enfin, quand on lui demande ce qu'on peut lui souhaiter pour 2021, Fanny Avarello répond sans surprise : « La reprise des cours, même avec des contraintes. Parce que c'est infernal. Ne pas reprendre, c'est pas envisageable. »
Texte : Daniel Lauret