Faut-il installer des cabines de télémédecine sur le territoire d'Ambert Livradois Forez ? Les élus s'interrogent
Sur le territoire d’Ambert Livradois Forez, le constat est indéniable : il manque des médecins généralistes. Il n’en reste que seize pour une population de 27.600 habitants. Soit un médecin pour 1.700 citoyens, alors que la moyenne nationale est environ d’un médecin pour 700.
Des zones presque devenues des déserts médicauxDeux généralistes sont partis à la retraite en 2019 sans être remplacés, d’autres partiront dans les prochains mois, et un départ d’un praticien est annoncé à Marsac-en-Livradois en décembre. Des zones en forte tension, presque devenues des déserts médicaux, se sont créées sur le secteur d’Olliergues, d’Arlanc et du Haut-Livradois au fil des ans.
Alors la communauté de communes réfléchit à des solutions alternatives en envisageant notamment la télémédecine. Le projet d’installation de deux cabines de télémédecine était débattu, jeudi soir, lors du conseil communautaire. Et il divise les élus du territoire.
Le projet
La téléconsultation constitue une nouvelle voie pour faciliter l’accès aux soins, autant pour la médecine générale que celle de spécialité : elle permet d’éviter le renoncement aux avis spécialisés et les délais de consultation trop longs.
C’est aussi un moyen d’éviter les déplacements inutiles et les recours aux urgences. « Il ne s’agit pas de remplacer un médecin mais d’être un complément. Pour que cela fonctionne, il faut que les professionnels de santé du territoire adhèrent à la démarche, car c’est eux, notamment les infirmières, qui accompagneront son utilisation auprès des patients », indique Florence Usannaz, directrice du pôle social d’ALF. Les communes de Saint-Germain-l’Herm et d’Arlanc ont été ciblées comme prioritaires pour cette expérimentation.
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Son coût
L’acquisition de deux cabines de télémédecine, ainsi que le matériel informatique nécessaire, est de 207.558 €. Des subventions de la Région et de l’État seraient disponibles à hauteur de 80 % du budget. Resterait donc à la charge d’ALF la somme d’environ 41.000 €. Il faut ajouter par la suite le coût de fonctionnement des cabines, notamment la maintenance qui s’élève à 26.100 € par an, dès la deuxième année d’utilisation.Photo d'illustration Quentin Reix.
Pourquoi il divise les élus
En plus du « coût élevé de la maintenance », ce projet de cabines de télémédecine interroge aussi les élus sur les priorités à avoir face à la pénurie de médecins. « Je pense qu’on met la charrue avant les bœufs, lance la maire de Saint-Germain-l’Herm, Chantal Desgeorges. Rien ne vaut un vrai médecin. » « On doit créer de meilleures conditions d’accueil pour les médecins. Mon sentiment, c’est que ces cabines auront un intérêt pour des spécialistes, pas des généralistes », poursuit Didier Liennart, élu de Cunlhat. Pour le maire de Fournols, c’est l’utilisation même du dispositif qui pose question :
« Qui va répondre ? En ville, les médecins sont débordés, à la campagne, il n’y en a pas… Il faut qu’il y ait quelqu’un en face ! »
Des craintes ont également émergé quant à l’adaptation des patients, une « population âgée » peu habile avec le numérique.
La cabine de télémédecine, officiellement en service, à la mairie du Favril : comment ça marche ? (Eure-et-Loir)
« Ça devient urgent de tenter quelque chose ! »Pour justifier ce projet de télémédecine, Valérie Prunier, vice-présidente à la santé, affirme qu’il entre dans le cadre « de notre politique volontariste en matière de santé. Ça devient urgent de tenter quelque chose ! » C’est aussi l’avis de Simon Rodier, maire de Saint-Bonnet-le-Chastel, qui voit en ce projet « notre capacité à agir en tant qu’élu » :
« Évidemment qu’on ne veut pas que la médecine en Livradois se fasse en cabine ! Plutôt que deux cabines, je préférerais cinq médecins. Mais ce n’est pas possible ! »
Face aux interrogations des élus, et à l’importance du sujet, le président Daniel Forestier a préféré repousser la délibération à un prochain conseil communautaire.
L’équipement a été repris en régie provisoire par la Ville en novembre 2019 face à un risque de fermeture administrative pour raisons sanitaires et sécuritaires. La situation s’est depuis stabilisée.
Fanny Guiné