De si fragiles témoins de l'Antiquité exposés au Musée Anne-de-Beaujeu à Moulins (Allier)
Chevaux au harnachement complet, artichauts minutieux, Vénus à la chevelure épanouie… Malgré leur taille mini, les figurines en terre cuite antiques présentées au Musée Anne-de-Beaujeu (MAB), à Moulins, fourmillent de détails, preuve d’un vrai travail artistique.
Cette statuette mesure plus de 15 cm de hauteur. Une rareté; la plupart étaient plus petites. L’exposition Témoins d’argile, les figurines en terre cuite du centre de la Gaule, confirme l’importance de cette production gallo-romaine dans la vallée de l’Allier, connue depuis le XIXe siècle. Et surtout, souligne la richesse de la collection conservée au musée départemental. La première grande rétrospective depuis un quart de siècle.
406 pièces exposéesQuatre cent six pièces, dont beaucoup jamais vues du grand public, issues des réserves du musée, sont présentées. Quinze pièces exceptionnelles ont été prêtées par le Musée national d’archéologie de Saint-Germain-en-Laye, le seul en France à posséder une collection encore plus importante que le MAB : le musée avait acquis en 1884 la collection de Louis Esmonnot, architecte dans l’Allier ayant participé à des fouilles à Saint-Pourçain-sur-Besbre, Toulon-sur-Allier et Vichy. Pour la première fois en 150 ans, ces pièces retrouvent leur terre bourbonnaise.
Des vestiges archéologiques très anciens découverts le long de la RCEA, future A79, dans l'Allier dont de nouvelles statuettes en terre cuite
Parmi les plus belles pièces exposées, ces animaux : chevaux, ours, boeufs, singes...
Des statuettes représentant Venus à sa toilette, un des sujets de prédilection des figurines. Regardez bien ! Toutes sont différentes.
Un lion. Ces statuettes étaient vendues dans tout l'Empire romain.
Des pièces commercialisées dans tout l'empire romain« Ces figurines, très peu chères, étaient commercialisées dans tout l’Empire romain grâce aux moyens de communication, sûrs et rapides, de l'Antiquité. Une pièce retrouvée en Autriche, aurait dû être exposée, mais la crise sanitaire nous en a empêchés », regrette Emmanuelle Audry-Brunet, attachée de conservation du patrimoine, commissaire de l’exposition.
Les premières découvertes archéologiques remontent à 1850 à Toulon-sur-Allier : un ouvrage donne alors une reconnaissance internationale à ces figurines en terre cuite. Aujourd’hui encore, dans de nombreux musées européens, ces figurines portent d’ailleurs le nom de “figurines en terre blanche de l’Allier”, alors qu’elles ont été produites dans l’ensemble du centre de la Gaule, de Brive à Chartres. Elles ont ensuite été étudiées dans les années 1950, avant d’être négligées.
Un regain d'intérêt des chercheurs depuis dix ansMais elles suscitent un regain d’intérêt depuis dix ans, techniques scientifiques modernes à l’appui. « Avec la 3D, nous produisons des copies en résine qui permettent de manipuler les œuvres sans les abîmer », explique Loïc Androuin, chercheur à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté, spécialiste du sujet et commissaire scientifique de l’exposition.
« On continue de découvrir des ateliers et des figurines à Autun (Saône-et-Loire), Yzeure (Allier). A Autun, nous avons trouvé des œuvres peintes qui nous amènent à nous demander s’il n’y en avait pas d’autres. Il y a encore des recherches à mener sur leur diffusion, leurs usages, qui étaient très diversifiés. Les techniques scientifiques modernes permettent de mieux contextualiser les découvertes. Elles nous amènent à mieux connaître le quotidien des gallo-romains, leurs vêtements, leurs coiffures... Nous ne sommes que deux spécialistes des statuettes en terre cuite du centre de la Gaule en France. Je me bats pour montrer qu'elles ont un intérêt, que ce n'étaient pas des objets si banals que ça ».
Comme pour chaque exposition présentée au Musée Anne-de-Beaujeu, un parcours enfant est proposé avec des textes adaptés aux 8 -12 ans. Cette fois, pas de manipulation, Covid oblige.
La déesse mère, un des sujets de prédilection des statuettes. photo François-Xavier Gutton
L’exposition, pédagogique, éclaire sur ces utilisations : ces figurines étaient à la fois des objets du quotidien, présents dans les maisons, des jouets pour les enfants, des objets de culte et enfin des objets funéraires. On en a retrouvé dans des inhumations mais aussi en contexte d’incinération, principalement dans des sépultures d'enfants. Ces figurines acccompagnaient les gens depuis la naissance jusqu'à leur mort.
Chaque pièce fourmille de détails, photo François-Xavier Gutton
L’exposition présente aussi les ateliers de l’Allier en regard avec d’autres centres importants en France, explique comment ces figurines étaient produites. On découvre que ces potiers signaient leurs moules, qui permettaient des reproductions à l’infini : Priscus, Severianus fait partie des potiers connus dans l'Allier.
Un catalogue accompagne l’exposition (il sera disponible à partir du 9 novembre). Ainsi qu’une riche programmation, en partie destinée aux enfants. Une des marques de fabrique de ce musée qui ne craint pas d’aller vers des sujets a priori pas très grand public.
Cheval avec son harnachement
Basse cour. Mais on trouve aussi des animaux plus exotiques comme des singes, des lions, des ours... issus des jeux du cirque.
Moulage d'un buste féminin à la délicate coiffure. Texte : Ariane Bouhours
Photos : François-Xavier Gutton
Pratique. Exposition jusqu’au 19 septembre 2021 au Musée Anne-de-Beaujeu à Moulins. 04.70.20.48.47. Tarifs : Plein tarif, 5 €. Tarif réduit, 3 €. Gratuit jusqu’à 17 ans. Visites du mardi au samedi : 10 h à 12 h et 14 h à 18 h : dimanches/jours fériés : 14 h à 18 h. Visites guidées. Visites en nocturne (la prochaine est mercredi 18 novembre). Parcours enfant (8-12 ans). Calendrier complet sur musees.allier.fr