En Corrèze, le difficile retour à la normale dans les Ehpad met les familles à l'épreuve
Joëlle Thomasson a lancé une « bouteille à la mer » dans un mail poignant adressé à La Montagne. Ses deux parents, âgés de 94 ans, sont confinés à l’Ehpad de Malemort depuis mars. Elle est leur fille unique et vit en Normandie. Ce lundi 1er juin, Joëlle Thomasson a appris dans un communiqué de presse du ministère de la Santé qu’une reprise des visites pour les proches des résidents serait désormais possible. Elle avait prévu de sauter dans sa voiture ce dimanche - jour de la fête des Mères - pour venir rendre visite à ses parents qu’elle n’a pas vus depuis Noël.
Vingt minutes, pas plusMais ses espoirs ont été douchés par un courrier reçu mercredi, signé par la directrice déléguée de l’Ehpad de Malemort. Joëlle Thomasson y a appris « avec une peine incommensurable, que les conditions de visites ne sont quasiment pas assouplies ».
Même si le nombre de visites est augmenté « de manière significative » depuis hier, l’établissement précise que pour permettre « au plus grand nombre d’en bénéficier », elles sont limitées à vingt minutes.
Pas d'accès aux chambresEn téléphonant à l’Ehpad, Joëlle Thomasson a également appris que l’accès à la chambre de ses parents lui sera interdit. Le communiqué de presse du ministère l’autorise pourtant, mais sous conditions sanitaires strictes. « Il sera donc impossible de contrôler l’état des affaires de mes parents », se désole-t-elle.
« Les directeurs prennent la foudre ! »Cette histoire, nous l’avons racontée à Pascal Coste, le président du conseil départemental. « C’est exactement le genre de situations que nous voulions éviter», affirme-t-il.
Depuis trois semaines, nous disions au ministère de ne surtout pas communiquer avant que les établissements soient bien calés. Ils l’ont fait quand même et ce sont les directeurs d’établissements qui prennent la foudre des familles, alors qu’ils ont accompli un travail remarquable ces derniers mois avec leurs personnels dont l’engagement et le dévouement méritent toute notre reconnaissance.
Ce vendredi 5 juin, Pascal Coste a redit dans un communiqué toute sa « confiance » dans le personnel des Ehpad corréziens et rappelé que le département « n’a eu à déplorer aucun décès en Ehpad lié au Covid-19 ».
Assouplir les mesuresPour le président du conseil départemental, le temps est toutefois « venu d’assouplir les mesures de confinement, pour permettre aux familles de se retrouver, permettre aux résidents de revoir leurs enfants, petits-enfants et leurs proches ».
Selon lui, chaque établissement corrézien sera en mesure de préciser « dès la semaine prochaine, les modalités de visites qu’il convient de prioriser, mais plutôt en extérieur ».
Car les visites en chambre, soumises à un très lourd protocole sanitaire, lui semblent difficilement applicables en l’état.
Appel au civismePascal Coste lance aussi un « appel au civisme » afin de donner la priorité aux personnes éloignées de leurs proches, comme c’est le cas de Joëlle Thomasson.
« Il y a beaucoup de demandes de visites le week-end, il faudra peut-être se montrer plus souple avec ceux qui n’ont pas la possibilité de venir facilement. Et demander aux familles qui sont à proximité de s’adapter. »
« Des mesures dignes de criminels »Dans son courrier, Joëlle Thomasson rappelle que ses parents « dépensent chaque mois plus de 4.000 euros de leurs économies pour résider » à l’Ehpad de Malemort. « Et on leur impose des mesures très restrictives de visites dignes de criminels alors que leur fin de vie approche, que voir leurs proches est leur seule raison de vivre encore. »
Tanguy Ollivier