L’exposition "Formule du temps" de l’artiste Polonaise Angelika Markul est de nouveau visible à Vassivière
Le projet Formule du temps s’aborde comme une partition à 5 mouvements. Le premier est une installation sonore composée par Côme Aguiar qui est diffusée du haut de la tour du Centre d’art. Des sons puissants, angoissants, troublants, produits par le vent, les falaises et la terre résonnent avec le paysage de Vassivière.
Exposition Formule du temps d'Angelika Markul au Centre international d'art et du Paysage de Vassivère, vidéo Marella
Et si la terre était un corps vivant ? Le deuxième mouvement réunit dans la nef des tableaux en cire de l’artiste représentant des paysages, des cartographies, imaginaires ou réels, ainsi qu’ un film, La mémoire des glaciers. Un dispositif scénique qui plonge le visiteur aux origines de la vie sur terre à partir d’images prises par la sonde Rosetta sur la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko à l’effondrement d’un glacier situé dans la région d’EP Calafate au sud de l’Argentine. Une œuvre qui met sur un pied d’égalité l’apparition de la vie et sa disparition. Le troisième mouvement appelé Tierra del Fuego (terre de feu) montre des têtes en cire, en bronze, en feutre qui rappellent les Yagans un peuple amérindien quasiment disparu aujourd’hui. Des souvenirs enfouis dans la glace sous la forme de végétaux et d’animaux qui réapparaissent sous l’effet du changement climatique, comme le Mylodon cet animal préhistorique endémique ici sous la forme d’une sculpture en bronze. Angelika Markul montre que la pratique artistique rejoint souvent celle de l’archéologie.
Le temps est comptéLe quatrième mouvement BepiColombo nous embarque dans un film de 3 minutes et 41 secondes au cœur d’une machine exploratrice, où les images d’un satellite qui devra se déplacer autour de Mercure en 2025 sont confrontées à un immense trou désaffecté qui fut une ancienne mine de diamants à ciel ouvert. Située en Sibérie Oriental, cette mine est aujourd’hui abandonnée.
Exposition Formule du temps d'Angelika Markul au Centre international d'art et du Paysage de Vassivère, vidéo BepiColombo
Une vidéo qui montre une fois de plus combien l’homme dans son désir inassouvi d’expansion détruit tout autour de lui. Le cinquième et dernier mouvement nous entraîne dans le petit théâtre sur des traces de dinosaures, qui se révèlent et se dérobent dans un paysage australien particulièrement envoûtant (vidéo Marella). Une région qui pourtant aurait pu voir la construction d’une usine à gaz sans la volonté de quelques hommes qui se sont battus pour préserver cette terre et son intérêt paléontologique. Des images poignantes qui montrent comme chez Tarkovsky que le temps est dans le plan et non dans le montage du film.
Une transformation en profondeurL’exposition Formule du temps nous fait découvrir des lieux disparus, parfois abandonnés et qui bien souvent s’effacent aux regards. Les installations vidéo immersives nous plongent dans des tableaux où le réel est toujours interrogé par un récit fictionnel ou science-fictionnel. Comme le paysage de Vassivière que nous découvrons à travers un filtre jaune, qui pourrait nous rappeler le film de Lars Von Trier, Melancholia, une histoire tragique, magnifique et terrifiante à la fois qui nous renvoie à la fin du monde.
Exposition Formule du temps d'Angelika Markul au Centre international d'art et du Paysage de Vassivère, vidéo Marella
Ne sommes nous pas au bord nous aussi d’un gouffre que nous avons causé (film BepiColombo) avec tout les pesticides que nous envoyons dans l’air, dans l’eau, et que nous retrouvons dans nos cheveux, dans la terre, nos mines que nous vidons et remplaçons par des immenses cratères béants, nos forêts que nous détruisons, nos fumées que nous laissons échapper, nos déchets radioactifs que nous enterrons dans le sol, nos glaciers que nous laissons fondre, toutes les espèces vivantes que nous sommes en train de faire disparaître ( 70 % des espèces vivantes se sont éteintes lors des 40 dernières années)… Et si la terre venait à préserver les empreintes des dinosaures dans sa chaire et ne rien garder du passage de l’homme (vidéo Marella). L’exposition Formule du temps d’Angelika Markul sculpte le mouvement du temps à celui du lac. Elle montre que nous aurions tort de vouloir sauvegarder le monde tel qu’il est puisqu’il se nie lui-même dans une grande violence. Et que s’il n’y a pas de catastrophe heureuse, il y aura toujours un réel à gagner ou à réenchanter.
L’exposition FORMULE DU TEMPS d'Angelika Markul et la librairie sont désormais ouvertes : les SAMEDI et DIMANCHE de 14h à 18h et du LUNDI au VENDREDI de 14h à 18h sur réservation pour les groupes (max. 10 personnes)
Bruno Barlier