L’instant Philippe
Souvent virulent, mais toujours fin politique, Jean-Luc Mélenchon, le patron de la France insoumise, pourtant un des principaux opposants à la majorité, avait été le premier, début mai, à sentir se lever dans l'opinion un vent porteur pour le Premier ministre. Nul voyage à vide toutefois pour le député de Marseille qui soulignait les qualités de « l'élégant » Édouard Philippe pour mieux enfoncer « le bandit » Macron. Une manière de constater qu'après les cafouillages initiaux, le fidèle d'Alain Juppé est le seul à sortir renforcé de la crise du coronavirus.
Aujourd'hui les enquêtes d'opinion indiquent que près d'une personne sur deux apprécie « son sérieux, l'honnêteté de son propos » et son style sobre. Solide dans la tempête, Édouard Philippe capitalise sur son sang-froid avec 53 % des Français qui approuvent son action, selon un sondage Ifop-Fiducial, soit un bond de 17 points en trois mois, quand Emmanuel Macron reste scotché à 40 %. Mieux, selon un sondage Odoxa publié jeudi, si 73 % des interrogés veulent un changement de politique, ils sont 65 % à souhaiter qu'Édouard Philippe reste à Matignon.
Il apparaît désormais difficile de se passer d'un Premier ministre aussi populaire, alors que se profile, la crise ayant accentué les faiblesses ou l'essoufflement d'une partie de l'équipe gouvernementale, un remaniement probablement d'ampleur, soit après le second tour des municipales ou à la rentrée. D'autant que pour le remplacer, les prétendants taillés pour affronter le gros temps économique et social qui se dessine sont rares même si les noms de Bruno Le Maire côté droit du macronisme, ou Jean-Yves Le Drian, côté gauche, ont circulé.
Comme le montrent les nombreuses alliances entre Les Républicains et LREM aux municipales, Édouard Philippe, qui n'a pas adhéré au parti présidentiel, lui qui n'a pas hésité à déclarer « la poutre travaille encore », est toujours l'homme de la situation pour répondre à l'ambition d'Emmanuel Macron de finir de fracturer la droite après avoir émietté la gauche. Sa forte implication à Bordeaux pour sauver le maire juppéiste le prouve. Mais si fort actuellement, le Premier ministre reste sous pression. Sa réélection ne va pas de soi dans son fief du Havre face à un candidat communiste. Mal réélu, il serait fragilisé ; battu, ce serait la sortie.