Abd Al Malik jouera à Moulins sa nouvelle création, Le Jeune noir à l’épée, samedi 15 février
Le slameur Abd Al Malik a été révélé par son deuxième album Gibraltar, en 2006.
Depuis, il explore sa créativité, sans se limiter à la musique.Ainsi, a-t-il mis en scène Les Justes d’Albert Camus, l’an dernier, pour le théâtre du Châtelet, à Paris.
Sa nouvelle création, à voir au théâtre de Moulins samedi 15 février, mêle la danse, la poésie, l’art pictural, sans oublier la musique.
Dans ce livre-album-spectacle, Abd Al Malik met en scène le personnage du tableau Le Jeune noir à l’épée, de Puvis de Chavannes, et celle d’un jeune noir de notre époque, pour raconter finalement la conquête de la Liberté de tout individu.
« Faire dialoguer les différentes disciplines symbolise mon intention d’artistede susciter ce dialogue entre les êtres,entre les époques, entre les générationset les milieux sociaux »
Sur scène, à ses côtés quatre danseurs, un rappeur, Matéo Falcone, et un compositeur et arrangeur aux machines, Bilal, avec lequel Abd Al Malik collabore depuis Gibraltar.
Un spectacle fort« Le Jeune noir à l’épée est un spectacle viscéral, souligne Abd Al Malik. En tant qu’artiste, on travaille les émotions. Chacun, sur scène ou dans le public, arrive avec ses différences et, à la fin, après la déclamation de ce long poème, on doit être à l’unisson, sentir une communion. »
Ce livre-album-spectacle a été créé lors de l’expositionLe Modèle noir, au musée d’Orsay, de mars à juillet 2019, au cours de laquelle était visible un tableau du XIXe siècle,signé Puvis de Chavannes : un adolescent noir arméet nu est assis sensuellement sur un rocher ;derrière lui un paysage d’insurrection.Ce tableau a été peint deux ans après le décret d’abolition définitive de l’esclavage en France, en 1848.
« Mon credo est de préserver le patrimoine et de cultiver la modernité. En montrant que la figure noire s’inscrit dans l’histoire de l’art et donc dans l’histoire, on crée des liens au-delà de nos singularités, ce qui permet de faire peuple », analyse l’artiste. « L’art, d’après moi, doit être un miroir de l’humanité et montrer que l’autre c’est nous. »
S'engagerait-il en politique ?Celui qui estime que les Français d’origine étrangère, les femmes et les habitants des campagnes restent « à la périphérie » de la société, reçoit régulièrement des propositions d’engagement politique.Il les décline : « C’est une ligne rouge pour moi. Je reste un artiste, je travaille l’imaginaire collectif, le regard du public sur l’autre et sur lui-même. Pourtant, je pense que l’investissement politique est nécessaire. On vit une époque où il y a un ras-le-bol global mais l’ivresse insurrectionnelle ne suffit pas. Il faut être constructif tous ensemble avec nos singularités, voter, voter des lois. Ne pas laisser la parole aux extrémistes. Bouger tant qu’il est encore temps et il est encore temps ».
Stéphanie Ména
Abd al Malik « Le jeune noir à l’épée », samedi 15 février au théâtre de Moulins,à 20 H 30. Durée 1h30.Tarifs : de 18 à 35 €.Réservations téléphoniques : 04.70.44.44.21.Billetterie internet : www.ville-moulins.fr
ExtraitsPoésie. « Le jeune homme noir ne le sait pas encore, mais il incarne avec flamboyance une manifestation inattendue, imprévisible. La mondialisation ne pouvait envisager la mondialité. Tous les visages ne peuvent se réduire à être consommés ni non plus à consommer seulement, n’en déplaise à certains. Le monde n’est pas un tiroir-caisse et ses habitants encore moins des chiens au bout d’une laisse. »
Slam. « Mais comment pourrais-je m’aimer si sans cesse je dois lutter ? Et comment pouvais-je t’aimer si, sans cesse je luttais ? »