Ils étaient plus de 2.000 à Guéret contre la réforme des retraites
Dans l’avenue Fayolle, ils se sont tous arrêtés, nombreux à dégainer le portable pour immortaliser la file : la tête du cortège arrivée en haut quand les derniers en étaient encore à avancer au pas sur l’avenue de la République.
Du jamais vu de mémoire de Creusois ? Non, mais du pas vu depuis longtemps. « Il faut remonter à 95 pour voir ça ». La référence n’est pas nouvelle mais tous comptent bien qu’elle ait la même issue.
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Des ados et des étudiants dans le cortègeHier matin, entre la place Bonnyaud et celle de la mairie, ça arrivait par petits groupes. De centaines en centaines jusqu’à former un cortège de plus de 2.000 personnes. « Ça fait plaisir de voir ça. » « En même temps, ça concerne tout le monde. » Tout le monde effectivement : petits, grands et très grands, retraités et actifs, privé comme public, ils étaient tous dans la rue, hier matin.
— Vianney Loriquet (@vianneylor) December 5, 2019Comme cette étudiante en école d’infirmières, venue en groupe, et qui n’avait pas manqué de raisons pour hisser le drapeau de la contestation : « On est là sous une triple casquette.
D’abord par rapport au plan hôpital annoncé par Édouard Philippe : la santé, ça doit être un vrai choix politique.
Ensuite parce qu’on est étudiants et quand on voit les situations précaires de certains, on se dit que l’éducation, c’est aussi un choix politique fort : est-ce qu’on veut que les jeunes réussissent ? Enfin, on soutient bien sûr ce mouvement contre la réforme des retraites. À un moment, on doit être tous ensemble. »
La retraite, Mano n’y pense pas encore : il a 14 ans. « Je suis venu avec ma mère et ma tante, j’ai déjà fait pas mal de manifestations avec elle. » Mais il sait pourquoi il est là : « Pour se plaindre de la réforme des retraites, une sorte de retraites avec des points qui fera baisser la retraite de pas mal de personnes »
« Retraités, la réforme va finir par vous rattraper »Il y a des jeunes, des moins jeunes, des électriciens, des plombiers… L’arrière-garde cependant, est essentiellement composée de membres de l’Éducation nationale.
L’inimitable drapeau bleu FSU-Snuipp sur les épaules, ils forment un rempart, et avancent en ordre serré. Marie-Élise Ruby est obligée de tendre la tête pour se repérer dans le cortège qui serpente le long de l’avenue Fayolle.
Elle est prof de lettres modernes en collège, depuis 19 ans. Pour cela, elle touche, primes comprises, dans les 1.900 euros nets de salaire par mois. Le syndicat lui a envoyé un lien pour faire des simulations de retraites avec le nouveau système par points.
Le résultat la laisse franchement dubitative, pour ne pas dire plus : « Je vais perdre 40 % de ma pension de retraite. » Pour faire ses 42 annuités, et limiter la casse, elle devra travailler jusqu’à 69 ans. « Hors de question », rétorque l’enseignante, qui compte bien ne pas être forcée à plier.
Une soupe populaire était organisée à la suite de la manifestation.
Pas très loin d’elle, ses aînés marchent tranquillement. Les retraités de la fonction publique sont de tous les cortèges ces derniers temps à Guéret. Pour les retraites, il s’agit plus que de solidarité.
« Ne vous inquiétez pas, tôt ou tard, ils vont finir par nous faire passer à ce nouveau système nous aussi », lâche Bernard Montein, ancien enseignant à l’école Prévert de Guéret. Henri Bézy, lui, est un ancien prof de l’école de Bonnat. Et il a sa théorie sur les économies qui ont déjà été réalisées sur les retraites :
« Ils nous mettent sur la paille pour que les futurs retraités ne s’aperçoivent pas qu’ils sont pauvres »
Hélène Josset, une autre enseignante à la retraite, a décidé de renfiler le costume de prof, le temps de la manif. Sur sa pancarte, on peut lire : « J’explique comment signer la pétition contre la privatisation d’ADP ! » Plus toute jeune, mais énergique, elle grimpe la pente sans souffler, en expliquant sa démarche.
« Je suis obligée d’expliquer aux gens que c’est une directive de l’UE qui nous place dans cette situation, soupire-t-elle. C’est un grand nivellement par le bas à l’échelle européenne. Si nous ne faisons pas attention, nous allons nous retrouver avec les pires conditions sociales du continent, chez nous. »
— Vianney Loriquet (@vianneylor) December 5, 2019Les chants varient, selon où l’on se place dans le cortège. Ici, le chant des partisans chanté a cappella, plus loin la reprise de Bella Ciao du chanteur maître Gims crachée par une sono. C’était, de très loin, la manifestation la plus importante de l’année à Guéret. Et visiblement, ça ne fait que commencer.
Texte : Séverine Perrier et Vianney Loriquet
Photos : Bruno Barlier