Et maintenant ? En Corrèze, des manifestants prêts à tenir dans la durée
"Sans nous, il n'y a rien qui fonctionne dans ce pays, donc on continue, dès demain. Il va falloir arrêter de travailler." La manifestation qui a drainé environ 4.500 personnes à Brive s'achève, en ce jeudi 5 décembre, et les prises de parole se ressemblent toutes. Syndicats (FO, CGT, Sud, FSU, CFTC) et Gilets jaunes assurent vouloir poursuivre le mouvement.
— Pomme Labrousse (@PommeLabrousse) December 5, 2019Dans le cortège, qui a profité du soleil pour faire tournoyer ses drapeaux et cracher ses sonos dans la cité gaillarde une bonne partie de l'après-midi, les manifestants étaient nombreux à afficher la même détermination.
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Poursuivre ? "Une évidence"Pour Ophélie, 27 ans, qui se définit comme "précaire", c'est une évidence : "Il faudra même aller au-delà des marches, à mon avis."
Même les infirmières se débrouillent pour participer, malgré les réquisitions. "Avec les collègues, on a fait un tirage au sort, on essaye de se relayer. Aujourd'hui, j'ai pu être en grève deux heures", explique l'une d'elles.
Se serrer la ceintureMais si les jours de grève s'accumulent, c'est autant qu'il faudra enlever à la paie. Suivant les salaires, la mobilisation a un prix : 60, 80, 90 euros en moins par jour de grève. "On encaisse, on fait l'effort", assure Claire, 44 ans, fonctionnaire.
Il y a des choses qu'on ne fera pas ce mois-ci, comme manger au resto ou aller au cinéma.
Certains sont même prêts à s'endetter pour faire face. C'est le cas d'Anne-Lise, 39 ans, et de son mari cheminot. Elle travaille à la Sécurité sociale. "L'an dernier, mon mari a fait grève, on a perdu un mois et demi de salaire. On a été obligés de faire un crédit... Là, je perds 60 euros par jour quand je fais grève. Mais on reste déterminés."
Olivier, 46 ans, est gazier. En 1995, il a fait la grève pendant trois semaines et il s'en souvient encore. "Je n'ai pas oublié : en décembre, j'avais un salaire négatif ! Parce qu'on était en grève mais les prélèvements, eux, étaient toujours pris. Aujourd'hui, je suis prêt à continuer. Mais c'est vrai qu'en 95, c'était peut-être plus facile qu'aujourd'hui. Là, il y a les abonnements, les crédits..."
— Pomme Labrousse (@PommeLabrousse) December 5, 2019Au milieu des milliers de manifestants, Sylvie porte son gilet jaune et elle aussi est déterminée. "Pour venir manifester aujourd'hui, j'ai échangé mon jour de repos. Mais si ça continue, je ferai grève et je mangerai des pommes de terre." Jamila, 51 ans, ne dit pas autre chose : "De toute façon, grève ou pas grève, on tire la langue..."
Quand ça coince"Je suis professeur des écoles", explique Sabine, 46 ans. "Mon mari est fonctionnaire, on ne pourra pas se permettre de faire grève tous les deux.""Dans mon travail, je suis seul, il faut que les choses avancent", explique Didier, 61 ans, agent territorial. "Mais je serai là certains jours, autant que faire se peut."
Faire marcher la solidaritéPascale et Marie-Thérèse, deux enseignantes, ont déjà commencé à y penser, au sein de leurs établissements respectifs. "On est en train d'y réfléchir. On va sans doute faire des caisses de solidarité, notamment pour les jeunes collègues. Les mobilisations tombent souvent le même jour, et certains ne travaillent jamais ces jours-là : ils pourront peut-être alimenter la caisse puisqu'ils ne sont pas touchés..."
Caroline, 43 ans, prof elle aussi, a imaginé une autre solution. "On va peut-être faire une grève tournante pour tenir sur la durée. Mais de toute façon, si on ne fait pas le sacrifice maintenant, on va perdre beaucoup plus, plus tard."
— Pomme Labrousse (@PommeLabrousse) December 5, 2019Pomme Labrousse