Vous ne trouvez pas de kiné pour vous soigner dans le Puy-de-Dôme ? Cela risque de ne pas s’arranger
Fin novembre, l’Assurance-maladie du Puy-de-Dôme a fini par valider les cartes de deux professionnel de santé (CPS) en remplacement de deux kinés qui ont dû laisser leur clientèles à Lempdes.
La CPS, c’est un sésame obligatoire pour pouvoir facturer, donc exercer. Alors le remplaçant arrivé le 5 août a dû avoir des nerfs solides et un bon banquier au cabinet Lempdes Formes d'Arnaud Faye.
«Le professionnel qui est venu pour reprendre la clientèle a dû intervenir 50 heures/semaine pendant presque quatre mois sans rémunération »
Depuis, dans le secteur Lempdes - Dallet, la demande d’un autre cabinet été retoquée. « Refus d’installation en zone surdotée ».
La méthode de « zonage » interpelleLa zone a été classée « surdotée » en vertu du plan national d’accès aux soins, dont découle le zonage promulgué par l’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes, au printemps 2019.
Mais en « zone surdotée », le cabinet Lempdes Formes assure avoir 50 patients en liste d’attente tous les mois ! Cherchez l’erreur... « Est-ce qu’ils ont tracé au compas à partir du seul nombre d’habitants ? »
Nicolas Gérard, sous-directeur la CPAM du Puy-de-Dôme rappelle que la liberté d’installation « n’est pas totale pour les kinésithérapeutes et d’autres professions de santé, pour éviter l’arbitraire ». Il explique que « le zonage établi par l’ARS est peut-être critiquable, mais il s’impose à nous et il a une raison d’être ». En l’occurrence améliorer la répartition des professionnels et faciliter l’accès aux soins de premiers recours en Auvergne-Rhône-Alpes.
Rendez-vous au tribunalDans un autre cabinet de Lempdes, la SCN Kiné Dômes, la CPAM a finalement refusé l’installation d’une nouvelle kiné. Et là, la pilule ne passe plus. Le gérant et kinésithérapeute Dominique Delorme entend même contester la décision en justice si besoin.
« Je ne comprends pas que l’on puisse classer un territoire comme surdoté alors que nous refusons entre cinq et dix patients par semaine ! »
D’autant que deux mi-temps (entre le cabinet principal de Lempdes et le cabinet secondaire de Dallet) auraient, selon lui, été comptabilisés en temps complets.
« Il n’y a pas eu de concertation ! »Au Conseil départemental de l’Ordre, la présidente Marie-Claire Meunier-Gendre ne comprend pas non plus. Elle regrette que l’on se soit dispensé de consulter une instance ordinale qui connaît bien le terrain pour de telles décisions.
Et il y a encore plus absurde. Le nouveau système de zonage prévoit que l’Assurance Maladie sollicite l’avis des kinésithérapeutes pour les demandes de CPS, en Commission locale paritaire (1).
Or dans le Puy-de-Dôme, cette commission n’est pas constituée avec des professionnels (faute de représentation syndicale). La CPAM s’est donc... consultée elle-même (avec l’avis du conseiller CPAM siégeant à la commission sociale).
Manque-t-on de professionnels en réalité ?L’Union régionale des professionnels de santé (URPS) ne dit en tout cas pas le contraire dans sa réponse (2).
« L’URPS n’a jamais promulgué ce zonage, ni bien sûr placé votre commune en zone surdotée… D’ailleurs l’URPS mène actuellement des études qui tendent à démontrer que, sur la région, il n’y a pas de zones dites surdotées par rapport aux besoins des patients. »
À Lempdes, au contraire, les kinés expliquent que leur secteur accueille de nombreux commerces et entreprises : « Presque autant de travailleurs que d’habitants, qui font le choix de se faire soigner sur leur bassin de travail », insiste Arnaud Faye.
« Notre cabinet intervient également à la maison de retraite. Au total, l’ensemble des heures passées à domicile remplirait déjà un premier agenda de kinésithérapie ».
Nouveaux rythmes de travailSans parler des nouveaux ryhtmes de travail de professionnels qui veulent garder du temps pour leur vie personnelle, des spécialisations locales (sport, épaule, clinique du coureur…) qui amènent à traiter des patients en fonction de leurs pathologies et non pas de leur secteur de vie !
Enfin, et surtout, à Lempdes, on ne prend qu’un patient par ½ heure. « Par choix de qualité de soins, nous n‘accueillons pas autant de patients que ceux qui sont à 3 ou 4. »
Résultat, le « zonage » est vécu comme un contresens sanitaire !
Et les patients… patientent. Quittent à être privés de soins soumis à des contraintes de temps.
(1) Dans refus d’installation en date du 8 novembre 2019, la CPAM précise « Les membres de la commission locale paritaire des masseurs kinésithérapeutes du Puy-de-Dôme ont été saisis et ont émis un avis défavorable.
(2) Réponse du référent démographie de l’URPS ARA en date du 24 novembre 2019.
Anne Bourgesanne.bourges@centrefrance.com