« On atteint le point de rupture » : les policiers de Guéret n'en peuvent plus
David Fernandes porte fièrement son uniforme depuis maintenant 19 ans. Dans la brigade de nuit, il veille sur le sommeil des Guérétois entre 21 heures et 5 heures du matin, patrouillant avec ses quatre collègues dans les rues, intervenant jusqu’au lever du jour.
Deux nuits de repos pour quatre travaillées, un week-end libre toutes les six semaines, il est constamment tiraillé entre sa vie familiale et sa vie professionnelle.
« Les premiers anniversaires de mes enfants ont été fêtés sans moi. »
Heureusement, sa compagne savait dans quoi elle s’engageait en partageant sa vie. Ses horaires décalés lui permettent d’économiser des frais de nounou. Mais tous ne sont pas aussi pragmatiques. « Vous n’imaginez même pas le nombre de divorces que j’ai vu dans le métier ».
Il dit à sa fille de ne pas divulguer son métier par peur de représaillesEt puis il y a la pression constante, même lorsqu’il ne porte pas l’uniforme. La sensation de n’être jamais totalement libre, qu’il peut à tout moment être rappelé, ou devoir intervenir dans la rue si cela est nécessaire. Policier, un job qui se vit 24h/24, 7j/7.
David Lacroux, officier de police judiciaire, confie ce qui est arrivé à sa femme quand elle a parlé de son métier autour d’elle : « ses collègues de travail l’ont tout simplement mise en quarantaine, alors qu’elle-même n’y est pour rien », fulmine-t-il. Le brigadier Fernandes connaît le problème. À sa fille, scolarisée en primaire, il conseille de ne pas dire que son papa est policier. « On ne sait pas ce qui peut se passer... Malheureusement, c’est comme cela, nous n’avons pas le droit d’être fiers de notre métier face à la société. »
Six heures de sommeil par nuitLa nuit, le brigadier Fernandes n'a que quatre collègues avec lui pour protéger les 12.000 habitants de Guéret. Le week-end, les effectifs sont autant réduits. « Cela veut dire que nous ne pouvons pas mener plusieurs interventions de front. » Avec la baisse des effectifs, « et pour aider les collègues », David termine régulièrement en retard. Après une heure de route pour rentrer chez lui, il dort généralement cinq ou six heures. Puis, il s'occupe de ses enfants.
Heureusement, on a tous une passion, un sport, pour nous changer les idées. Sans ça, il y en aurait beaucoup en dépression.
« La seule compensation acceptable, c'était la retraite »Ils ajoutent, pêle-mêle, la complexification des procédures qui engendre des pertes de temps irrécupérables dans les enquêtes, et les salaires trop chiches. David Fernandes touche moins d'un euro en plus par heure travaillée la nuit. Il connaît des cas de collègues qui ne perçoivent pas toujours leurs primes de nuit à temps, à cause d'erreurs du système de paie.
Tout cela, les policiers le compensaient - un peu - avec les cinq ans de bonification de leur pension de retraite. Cette réforme a mis le feu aux poudres dans les commissariats, finissant de saper la confiance, déjà émoussée, des fonctionnaires dans les gouvernements qui les dirigent. « Si je travaillais dans le privé, je toucherais deux fois mon salaire, c’est quand même le signe que si je reste c’est que mon métier me plaît ! », s’exclame David Lacroux. Mais toute passion a ses limites, et le manque de reconnaissance finit par peser.
Mercredi, le ministre de l'Intérieur adressait un courrier au policiers. Il leur assurait que « des spécificités (…) seront conservées pour les fonctionnaires qui exercent des missions régaliennes de sécurité et d'ordre public pendant une période minimale ». Pour les fonctionnaires guérétois, ce n'est tout simplement pas passé.
« Les bonnes paroles ne sont que des souffles de voix » : voilà en substance ce qu’évoque cette prise de position du ministre aux policiers.
Vianney Loriquet
Unité SGP POLICE - FO annonce dans un communiqué envoyé ce jeudi 5 décembre que la grève du zèle au sein des équipes de nuit est désormais généralisée dans l'ensemble des équipes. « Sans réponse à nos revendications, ce sera service minimum pour tous », déclare le communiqué, avant de conclure : « le mouvement s'étendra jusqu'au maintien du régime de retraite actuel ».