Une situation sociale difficile à la barre du tribunal de Cusset (Allier) : « La pauvreté en filigrane de ce dossier »
Il s’avance à la barre, le regard hagard. D’une voix à peine audible il se présente aux juges. Un habitant d’une commune de la Montagne bourbonnaise comparaissait devant le tribunal correctionnel de Cusset, mardi. Quatre infractions lui étaient reprochées. La conduite d’un véhicule sans permis, sans assurance, sans contrôle technique et sans certificat d’immatriculation. Le tout en récidive pour les deux premières citées.
J’essaye d’avoir le permis depuis plusieurs années mais c’est trop cher
Une condamnation à venir ne faisant aucun doute et qui allait venir s’ajouter à treize mentions au casier judiciaire, dont neuf pour circulation sans assurance.« Qu’est-ce que vous faisiez au volant de cette voiture ce 15 juillet au soir ? », s’interroge Marine Mercier, présidente de la séance. « Nous rentrions avec ma femme du feu d’artifice à Vichy », répond, penaud, le prévenu. Une scène qui aurait pu faire sourire mais qui cache une réalité bien moins réjouissante.
Quatre enfants, dont un de 10 ans gravement malade et handicapé à 80 %, une compagne bipolaire et une petite dernière de 3 mois née prématurément. Et le tout à faire subsister avec un revenu de solidarité active de 810 euros par mois selon les dires du trentenaire et des montagnes de dettes. « J’essaye d’avoir le permis depuis plusieurs années mais c’est trop cher », expose-t-il.
La pauvreté est en filigrane de ce dossier
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Une absence de permis de conduire engendrant des difficultés pour trouver un travail pour cet habitant d’une commune reculée de la Montagne bourbonnaise. Et une absence de travail engendrant des difficultés pour financer le précieux document rose. Un « cercle vicieux » mis en avant par son avocate, Maître Martin. « La pauvreté est en filigrane de ce dossier », déclarera-t-elle avant de demander la clémence de la cour.
« Cela nous renvoie à une réalité. La nécessité de posséder un véhicule, et le permis, en zone rurale », concédait Laurent Béard, substitut du procureur, durant son réquisitoire, demandant six mois de prison avec sursis avec obligation de travail et de passer le fameux permis pour le prévenu. Des réquisitions suivies par les juges.
Antoine Jézéquel