Sur la commune de Bost (Allier), le lieu-dit les Guittons fait bande à part
Un doux brouillard enveloppe la commune en cette matinée de décembre. Les rayons du soleil mettront plusieurs heures avant de le percer. Un cimetière, une mairie, une salle des fêtes et un centre-bourg en travaux. Un bourg où une poignée de maison se font face et où trône en bonne place un sapin de Noël. Bienvenu à Bost.
Une vie rythmée par le passage des camionsDeux kilomètres plus loin, aux détours d'une route sinueuse bordée de champs, un panneau fait état de l'arrivée aux Guittons. Un lieu-dit d'une petite centaine d'âmes. Sous le nom de la bourgade, est précisé « communes de Bost et Creuzier-le-Neuf ». Car si Les Guittons font bien partie de Bost, le lieu-dit est partagé. Une infime partie dépend de Creuzier-le-Neuf. Un étrange découpage cadastral tel une part de gâteau qu'il faudrait céder à la voisine.La départementale 490 traverse le lieu. L'ambiance de ce bout de terre bourbonnaise est rythmé par l'incessant passage de camions se rendant dans les carrières alentours, dont celle de Malavaux.
La bonne fourchette, dernier commerce de la communeDans un angle, le restaurant « la bonne fourchette », dernier commerce de la commune, attire l'oeil, les estomacs affamés et les gosiers assoiffés. 9 h 30. Pendant qu'on devine derrière une vitre fumée qu'un routier fait sa toilette, Lucien et Jean-Claude, revenant d'un rendez-vous à Cusset, font escale au comptoir. Au menu de ce petit-déjeuner improvisé, de quoi se donner des forces pour rentrer jusqu'à chez eux en Saône-et-Loire : un petit verre de blanc. C'en sera finalement trois.
Accoudé à l'extrémité du comptoir, Jean-Paul, canne à la main, bob sur la tête, enchaîne les breuvages. Du rosé servi, à ras bord, dans des petits verres ressemblant à s'y méprendre à ceux des cantines scolaires, dans lesquels un chiffre s'affiche une fois le contenu ingurgité. « Stop, je te connais, je ne te resserre plus », lance Amandine, gérante des lieux à Jean-Paul. Christian arrive sur son mini-tracteur, son chien installé à l'arrière. A peine a-t-il posé les coudes sur le zinc qu'Amandine lui tend un verre, sans même lui demander ce dont il a envie. Le privilège des habitués.
Un lieu de vie prisé des routiersUn bistrot/restaurant fréquenté essentiellement par des gens de passage : le personnel des carrières du coin, des hommes du bâtiment ou encore des routiers. Le midi, de grandes tablées sont installées et tous viennent se servir au buffet à volonté mis en place par Amandine. Le parking boueux déborde de camions et camionnettes. Un bus scolaire vient se mêler, de temps en temps, au balais des camions. Ce mercredi, il ne s'arrêtera même pas. La seule élève susceptible de descendre à l'arrêt des Guittons, la fille d'Amandine, n'étant pas dans le bus ce jour là.
La bonne fourchette, un commerce qui fait le bonheur des routiers, n'hésitant pas à dormir sur le parking pour y accourir dès l'ouverture à 6 heures du matin, mais qui semble boudé par les habitants de Bost, à l'exception de Jean-Paul, surnommé « la caméra de surveillance du village » par la tenancière. « Les gens ne sortent plus, ne discutent plus entre eux », regrette-t-il. « Le village est séparé en deux. Ici nous sommes une petite bande à prendre soin des uns et des autres. Les Guittons versus le reste du monde », plaisante la gérante.
Antoine Jézéquel