Portraits de Creusois vent debout contre la réforme des retraites
Qu’ils soient profs ou avocats, ils seront dans la rue ce jeudi 5 décembre, en réponse à l’appel national à la grève contre la réforme des retraites. À Guéret et ailleurs en Creuse, ils ne manifesteront pas forcément pour les mêmes raisons, car la colère a de multiples visages, que nous vous proposons de découvrir ici.
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Sébastien, enseignant en Segpa : « Cette loi insécurise les plus faibles »Et en matière de plus faibles, Sébastien Dupont s’y connaît. Il a fait le choix, voilà 15 ans, de devenir enseignant spécialisé en Segpa. « C’était un choix personnel, explique simplement l’homme au sourire franc. Je voulais m’investir auprès des enfants qui en avaient grandement besoin. »
Il s’est vite rendu compte de la très grande fragilité des enfants, psychologique et familiale. À Bourganeuf, il fait l’expérience d’un projet éducatif stimulant, qui ne part pas d’un programme, mais qui répond au besoin individuel.
Malgré les manques d’effectifs, il prend conscience de la beauté de ce qui est fait pour ces enfants. « Malgré les doutes, on s’aperçoit qu’on arrive à faire plein de choses. Pas parfaites, mais qui fonctionnent ».
Sébastien Dupont, prof à la Segpa du collège de Bourganeuf
Aujourd’hui, il va se battre pour ces élèves auxquels « l’académie a retiré des heures d’atelier en plus cette année », mais aussi et surtout contre l’injustice.
« Cette réforme des retraites, elle s’abat sur les plus pauvres, sur les classes populaires. Personnellement j’ai calculé qu’elle me ferait perdre 800 euros, mais ce n’est même pas pour moi que je fais grève. C’est pour ces plus fragiles, encore une fois accablés par la politique du gouvernement. »
Corinne, avocate à Guéret : « Réforme de la justice, maintenant réforme des retraites : trop, c’est trop »Corinne Jouhanneau achève sa sixième année de bâtonnat. Elle intègre le barreau de Guéret en 94, après avoir prêté serment. Un serment qu’elle dédie alors à une carrière bien éloignée des stéréotypes parisiens de l’avocat d’affaire à cheval entre barreaux de New York et Tokyo.
« En Creuse, on est dans le concret », assène-t-elle. Comme la plupart de ses confrères guérétois, elle est généraliste, avec une préférence pour le droit de la famille. Un peu psychologue, voire assistante sociale parfois, elle a le sentiment d’aider les gens. C’est comme ça qu’elle donne sens à son métier.
Maître Corinne Jouhanneau, avocate à Guéret.
Il y a eu la réforme de la justice d’abord. Un combat dont la première manche a laissé des blessures à vif dans la profession. « On a appris le code de procédure civile pendant 5 ans, aujourd’hui on va devoir tout remettre en question en 15 jours ».
Elle dénonce le flou qui entoure cette première réforme. Auquel vient s’ajouter l’incertitude personnelle liée à la réforme des retraites. Une nouvelle goutte dans un vase qui déborde déjà.
« Niveler par le haut le système des retraites et que tout le monde ait la même chose, je suis d’accord, affirme maître Jouhanneau. Mais précariser encore plus de jeunes avocats, qui vont avoir de plus en plus de mal à survivre avec l’augmentation des cotisations… Quand on voit tous les cabinets qui ferment déjà ! » Elle sera ce matin, avec tout le barreau de Guéret, devant le Tribunal de grande instance.
Cédric, ouvrier chez Sauthon : « L’important c’est d’essayer. Je sais qu’on arrivera à faire changer ce système ».Cédric Daudet est un incorrigible optimiste, doublé d’une envie de se battre pour, et avec les autres. Membre actif d’un collectif de Gilets jaunes creusois en début d’année, il a dépensé sans compter, en jours de congé et de grève.
« Si on ne bouge pas, il n’y aura jamais rien de fait », explique simplement celui qui pense au futur de ses deux jeunes enfants quand il descend dans la rue. Dans l’idéal, il souhaiterait que tous les citoyens s’unissent pour construire un avenir meilleur.
Cédric Daudet, ouvrier chez sauthon
Chez Sauthon depuis 2009, Cédric est en CDI depuis six ans. « Le coût de la vie augmente, mais les salaires ne suivent pas. Ce n’est pas ce que je veux pour mes enfants. On vit à la limite financièrement, et quand une facture inattendue se pointe, c’est la zone rouge ».
À cause de son engagement du début d’année, il n’a pas pu se joindre aux manifestations. « Ca commence à faire beaucoup de grève », glisse-t-il. Malgré tout, il soutient le mouvement, « même si ce n’est pas pour moi. Car je crois qu’on arrivera à faire changer les choses. Il faut croire, et essayer, pour ne pas avoir de regrets ».
Texte : Vianney Loriquet
Photos : Bruno Barlier et Floris Bressy