Les dérives dans le rugby vues par le chercheur Jean-François Bourg, le neurochirurgien Jean Chazal et Vincent Clerc
Quatre jeunes joueurs décédés en l'espace de quelques mois. Le rugby est parfois à la dérive. A cause de qui, de quoi ?
Le neurochirurgien Jean Chazal, l’économiste Jean-François Bourg et l’ancien joueur professionnel Vincent Clerc, ont apporté quelques éléments de réponse, ce vendredi, lors de la première conférence organisée par la Foire du Livre.
Animée par Benjamin Pommier, journaliste sportif à l’agence briviste de La Montagne, cette conférence a parfois donné lieu à des échanges vifs entre les trois intervenants dont les visions sont tantôt divergentes, tantôt concordantes.
Se définissant comme « un lanceur d’alerte », le professeur Chazal insiste sur le fait que « le rugby qui tue n’est pas le rugby dans sa globalité ». Un avis partagé par Vincent Clerc selon lequel il faut distinguer le « rugby pratiqué en Top 14 par des joueurs professionnels et préparés et le rugby amateur. »
« Le danger est que les amateurs, par mimétisme, veuillent reproduire ce que font les professionnels. Cela reste un sport traumatique dans lequel la technique est très importante pour éviter les accidents. »
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« Nous sommes dans une société qui se dope »Chercheur au Centre de droit et d’économie du Sport de Limoges et auteur de nombreux ouvrages sur le dopage, Jean-François Bourg pointe du doigt ce mélange entre cupidité et capitalisme dont il a tiré le néologisme « cupidalisme ».
« Nous sommes dans une société de performance, une société qui se dope et qui porte atteinte à l’intégrité physique du joueur ».
Lorsqu’il évoque le cocktail cocaïne-corticoïdes, nommé LMM, pour lundi, mardi et mercedi, qui serait utilsé dans certains clubs professionnels de rugby, Vincent Clerc n'est pas loin de perdre son calme. « En 17 ans de professionnalisme, je n’ai jamais vu de cocaïne dans les vestiaires ! Si un joueur se dope, il est viré du club. »
Des dirigeants et des coaches qui ne sont pas professionnelsS’il déplore « le dopage biologique » qui fait « qu’un gamin de 1,80 m pèse 90 kg », le professeur Chazal ne met pas tant en cause les joueurs « qui sont souvent professionnels, que les dirigeants et coaches qui, eux, ne sont pas professionnels dans leurs attitudes. »
Note positive dans cet état des lieux, Vincent Clerc souligne « qu’en Top 14 comme lors de la dernière Coupe du monde, on a régressé sur la dimension physique. On voit des joueurs plus mobiles, qui sont plus dans l’évitement. Comme au Stade Toulousain ».
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Pascal Goumy