Le Dr Khatibi, l'un des plus anciens médecins généralistes de Moulins, cesse son activité
Le docteur Alexandre Khatibi, l’un des plus anciens médecins moulinois, installé au Florilège depuis 1977, arrête. Il revient sur son parcours et confie son sentiment sur l’évolution de la médecine.Quand êtes-vous arrivé à Moulins ? Je suis arrivé à Moulins le 9 juillet 1972. Je venais de finir mes études d’interne à Montpellier. Pendant cinq ans, j’ai exercé au centre hospitalier de Moulins-Yzeure. Durant cette période, j’ai fait beaucoup de remplacements à Moulins, mais aussi à Decize, Bourbon-Lancy, Saint-Éloy-les-Mines et Jaligny. En 1976, Paul Parinaud, directeur de l’office HLM, m’a proposé de m’installer au Florilège qui était en cours de construction.
A l’origine du secteur médical du FlorilègeQuand avez-vous ouvert votre cabinet du Florilège ? J’ai débuté mon activité professionnelle au Florilège en 1977. Paul Parinaud m’avait dit : « il faut faire quelque chose ici ». C’était un visionnaire. J’ai fait venir un chirurgien-dentiste, deux kinés, une infirmière, un service social. On peut dire que je suis à l’origine du secteur médical du Florilège (*).Dans quel esprit avez-vous exercé votre métier ? J’ai une pensée pour le Dr Pradeau et le Dr Arnaud, deux collègues qui m’avaient soutenu au début de mon installation. Dès 7 heures, ils faisaient leur tournée dans les rues de Moulins et j’étais impressionné par leur façon de pratiquer. Ils avaient l’art et la finesse de pratiquer une médecine de ville. J’ai fait ma médecine en les observant, à leur manière. La médecine de ville demande de la psychologie, du doigté.
Le docteur Alexandre Khatibi dans son cabinet du Florilège, qui a été repris par le docteur Moktaria Boumaaza.Quelles étaient les relations avec vos malades ? J’ai rencontré toutes sortes de personnes, de tous les milieux, des ouvriers, des avocats, des enseignants, des jeunes, des vieux. La raison de ma longévité, c’est leur reconnaissance. J’avais l’obligation de leur rester fidèle et disponible. Grâce à eux, j’ai appris beaucoup de choses de la vie. Je les remercie car ils ont fait de moi ce que je suis.
Internet a-t-il modifié ces relations ? Les choses ont un peu changé avec l’informatique. J’ai vu arriver des gens qui s’étaient informés sur internet, qui venaient avec une idée déjà bien précise de leur traitement. Ce n’était pas toujours facile à surmonter.
« J’ai soigné quatre générations de Moulinois »Vous avez soigné des générations de Moulinois ?La plupart des malades, je les connais depuis 43 ans. J’ai toujours été disponible pour eux. J’ai soigné quatre générations de Moulinois : le grand-père, le père, les enfants, les arrière-petits-enfants. Le médecin généraliste est à la fois un confident, un avocat, une assistante sociale. La médecine de ville permet de créer de forts liens d’amitié. On connaît la vie de nos malades. C’est quelque chose de noble.
Un nouveau cabinet avec six médecins généralistes à Moulins
Que pensez-vous de l'évolution de la médecine de ville ?La médecine de ville n’est plus recherchée. Les contraintes administratives, l’informatisation ont entraîné un désintérêt pour cette pratique. Les efforts du gouvernement n’auront un effet que dans dix-douze ans (le temps qu’il faut pour former un médecin). Encore faut-il que les nouveaux médecins veuillent bien s’installer dans des villes comme Moulins. Je pense qu’il y a assez de médecins sur Moulins. Le problème, c’est la disponibilité. Les mentalités ont changé, les 12 heures par jour, c’est fini. Les plus jeunes privilégient la qualité de vie, ce que je peux comprendre.Cela a été difficile de trouver un successeur ? Cela faisait trois ans que je cherchais quelqu’un pour prendre ma suite au cabinet du Florilège. J’ai craint un moment de ne pas trouver quelqu’un. Je suis heureux que ce soit Moktaria Boumaaza. Elle a fait des remplacements, je l’ai vue travailler, elle est appréciée par les malades. Elle a repris le cabinet lundi 4 novembre.Que ressentez-vous à présent ?Comment oublier autant de souvenirs ? Je ne réalise pas encore. J’ai le sentiment d’avoir accompli quelque chose. J’ai été utile. J’ai lu des messages émouvants sur Facebook. Le départ a été douloureux. J’aimerais rester dans le monde médical.
Pascal Larcher(*) Aujourd’hui, le Florilège c’est un médecin généraliste, trois chirurgiens-dentistes, un kiné, trois infirmières, un orthophoniste, un service social, une PMI, un centre médico-social.