Site Seveso : nouveau mouvement de grève à l'usine Adisseo de Commentry (Allier), la direction veut rassurer
Ils étaient une trentaine de salariés de l'usine Adisseo de Commentry spécialisée dans la nutrition animale, à faire grève devant le poste de garde du site, ce vendredi 8 novembre.
Des suppressions de postes qui inquiètent les salariésUne mobilisation qui fait suite à un mouvement de protestation entamé par une partie des 460 salariés de l'usine, classée Seveso seuil haut, le 17 septembre dernier.
En cause : l'externalisation du poste de garde, dont la gestion est désormais sous-traitée à l'entreprise Securitas, et le projet de réduction du nombre de pompiers sur le site.
Le site Adisseo de Commentry est classé site Seveso seuil haut. Photo Cecile CHAMPAGNAT
« Avant, les pompiers tenaient le poste de garde. La direction profite de l'externalisation pour supprimer un pompier dans chaque équipe, ce qui fait cinq suppressions de poste, indique Eric Manoury, élu CGT au conseil économique et social (CSE) d'Adisseo. Et on nous assure que la sécurité n'en sera pas affectée. »
Après ce qui s'est passé avec Lubrizol, ce projet est inquiétant pour la sécurité du site. En dehors de ça, des salariés qui se sentaient mal pouvaient même aller voir directement les pompiers au poste de garde. Eric Manoury - Elu CGT au CSE d'Adisseo
Le 17 septembre, l'ensemble des élus du CSE réunis en session extraordinaire se sont déclaré contre la réduction des effectifs de pompiers. Suite à cela, les syndicats, CGT en tête, ont sollicité la préfecture de l'Allier pour l'organisation d'une table ronde. « On a reçu une fin de non-recevoir de la part de la préfecture », indique la CGT.
Un projet qui n'affectera pas la sécurité du site, selon la directionPour sa part, la direction se veut rassurante et note même une « légère évolution ». « Le concept d'externalisation du poste de garde a été largement admis ; c'est une disposition réglementaire, souligne Patrick Suescun, directeur d'Adisseo. Ce sujet-là n'amène plus à la discussion. Aujourd'hui, l'appel à la grève se fait uniquement sur la suppression de postes. »
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D'autant que, selon Hervé Walle, directeur des ressources humaines du site, « la direction ne profite en aucun cas du projet de poste de garde pour toucher à une ligne de pompiers ».
L'externalisation de ce poste de garde a un effet sur trois pompiers, et non pas cinq. Parce qu'une fois qu'on aura retiré la ligne de cinq pompiers, il y aura deux postes créés pour des pompiers qui ne seront affectés qu'à cette mission. Hervé Walle - DRH d'Adisseo
En somme, cette réorganisation implique un ajustement des effectifs « concernant des missions que les personnels d'Adisseo n'ont plus à assurer ».
Par ailleurs, Patrick Suescun affirme que ce projet n'affecte en rien la sécurité du site : « Nous aurons la même couverture de jour comme de nuit, les week-ends, les jours fériés, avec le même nombre de personnes prêtes à intervenir ».
Patrick Suescun, directeur d'Adisseo Commentry. Photo Cecile CHAMPAGNAT. Suite à la lettre envoyée à madame la préfète par les syndicats, demandant l'ouverture d'une table ronde, les services de l'Etat nous ont répondu et ils confirment que ce projet n'est pas de nature à dégrader nos capacités d'intervention. Patrick Suescun - Directeur d'Adisseo
La direction générale indique avoir également mis en place une communication interne afin de rassurer les salariés de l'usine. « J'ai envoyé à chacun une lettre, à son domicile, pour clarifier les choses », précise le directeur.
Quel avenir pour le mouvement social à Adisseo ?Malgré cela, l'inquiétude demeure chez une partie des salariés. Pour Eric Manoury, la seule et unique solution pour mettre un terme au conflit social est l'abandon pur et simple du projet de suppression des postes de pompiers.
Nous allons continuer à débrayer jusqu'à avoir une réponse de la direction et nous pensons aussi à organiser un débat public avec les habitants de Commentry. C'est un sujet qui les concernent autant que nous. Eric Manoury - Elu CGT au CSE d'Adisseo
Du côté de la direction, on relativise. Selon Patrick Suescun, le taux de suivi de la grève était de 15% en septembre, contre 5% actuellement.
« C'est un projet qui touche à la fonction sécuritaire, il est normal qu'il faille un peu de temps pour que les salariés se familiarisent avec l'organisation que va mettre en place le projet », estime le directeur.
Sid Benahmed Photos Cécile Champagnat