L'Echo liquidé dans le Limousin : un journal engagé disparaît, 42 personnes sont licenciées
C'est une aventure de 76 ans qui se termine. Un quotidien créé durant la Seconde Guerre mondiale, engagé, militant qui disparaît à jamais.
Le tribunal de commerce de Limoges a confirmé la mort de L'Echo, créé en 1943 et publié dans cinq départements (Creuse, Corrèze, Haute-Vienne, Indre et Dordogne). Il était fragilisé depuis des années par d'importantes difficultés financières. 42 salariés, dont une trentaine de journalistes qui quadrillaient le Limousin depuis des années, côtoyaient tous les acteurs de la société et mettaient en avant les initiatives locales se retrouvent sans emploi.
« Tout le monde reste digne mais on en a gros sur la patate », a déclaré Frédéric Sénamaud, gérant non salarié.
Un déficit d'1,7 million d'euros« On a tous fait nos cartons. C'était dans un coin de nos têtes mais cette fois, c'est bel et bien fini », a témoigné Jacques Grare, journaliste. « Tout s'arrête du jour au lendemain, ça fait forcément bizarre, d'autant qu'on s'est vraiment rendu compte de l'ampleur de la situation financière seulement la semaine dernière. On est dans le soutien et l'accompagnement des collègues. C'est ce qui prime pour le moment. ». « C'était le quotidien de la classe ouvrière, il était très implanté, très enraciné dans les campagnes », note Georges Châtain, journaliste depuis 50 ans pour l'Echo. « Ce canard, c'était un patrimoine ».
Mercredi, L'Echo a publié un vibrant "Adieu aux lecteurs" en gros caractères. « Ce numéro de L'Echo est le dernier, écrivait-il également en Une. Asphyxié économiquement, votre journal n'aura pas survécu à la crise de la presse. »
Le journal créé en 1943 sous le nom de Valmy ! et diffusé clandestinement pendant la guerre. Il a ensuite été baptisé L'Echo du Centre, puis L'Echo, très ancré à gauche avec une ligne antilibérale. De 1958 à 1987, il avait été dirigé par Marcel Rigout, député communiste.
En 2012, le quotidien avait été placé en redressement judiciaire avec un étalonnement de la dette. « Avec un déficit d'1,7 million d'euros, il n'a pas pu redresser la barre. On n'a pas réussi à relever le défi », nous avait expliqué mercredi Frédéric Sénamaud, gérant non salarié de L'Echo. Pour lui, plusieurs facteurs se sont conjugués : « La baisse des annonces légales qui nous ont fait perdre 800.000 euros par an, la lente érosion du lectorat, à l'image de nos confrères, et puis aussi la crise économique de 2008, où la publicité a fortement diminué. »
Environ 200 personnes se sont déplacées devant le tribunal de commerce pour soutenir le journal. « La disparition de L'Echo, c'est la fin de la pluralité de l'information, aujourd'hui nécessaire dans le cadre du devoir déontologique de bien informer », a déclaré la présidente du club de la presse, Anne-Marie Muia.
« L'Echo était un journal d'opinion qui ne s'en est jamais caché. Un titre qui disparaît, (...) c'est un échec à la liberté d'expression, sacrifiée sur l'autel de l'économie. »
Stéphanie Barrat et Franck Lagier