Des noms de lieux de Creuse et de la Haute Marche à l’influence germanique
Jean-Michel Monnet-Queulet est enseignant de profession mais effectue des recherches et a publié quatre livres sur la toponymie et le parler marchois. Il vit dans l’Aude mais il a des racines creusoises et a une maison familiale à Saint-Silvain-Montaigut.
Pourquoi cet attrait particulier pour les noms de lieux ?
J’ai passé toutes mes vacances ici. Avec l’éloignement de la Creuse pour des raisons professionnelles et parce qu’elle m’a tellement manqué, un jour j’ai commencé à travailler sur le patois. Quand j’étais enfant, je prenais déjà des cours. J’ai arrêté adolescent et là c’est revenu. J’effectue des recherches dans les textes anciens, la toponymie, je m’inspire d’atlas linguistiques. En 2010, par exemple, j’ai fait une enquête sur tout le canton de Saint-Vaury.
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre domaine de prédilection ?
Au départ, il faut tout d’abord savoir que le marchois est un peu compliqué. Au XIXe siècle, il a été considéré comme une langue d’oïl. Ensuite, à la fin du XIXe siècle, il a été considérée comme une langue d’oc. Il y a ce débat-là qui existe. Moi je soutiens que c’est un langage propre et particulier qui s’étend de la Charente à l’Allier. Il y a donc des inspirations des deux langues.
Vous avez un exemple ?
Par exemple, le mot prairie : une prade. Le “d” rattache à la langue d’oc et le “e” final plutôt à la langue d’oïl. Le “e” n’existe pas en occitan, il est toujours prononcé “é”. On a un latin pratum et on conserve le “a” en occitan. En marchois on dira la prade et la pra, le pré.
Et Saint-Vaury viendrait d’où ?
C’est la contraction de Valéric, un saint qui arrive de Belgique vers 537 et s’installe sur les Monts de la Marche, attiré par la réputation de Saint-Martial. Et en Marchois on prononce rarement les consonnes finales. Ce qui donne Saint-Valery mais comme souvent le “e” a sauté et le nom est devenu Saint-Vaury. Pour le coup, il s’agit d’un nom germanique. On a des points communs avec l’oïl et l’oc et des spécificités. À Saint-Vaury, on a pas mal de lieux qui s’appellent les Betou. Le mot betou pour le bouleau est spécifique au nord de la Creuse alors que dans le sud on dira besse, comme à Super Besse.
« Un guéret est une terre ingrate, une terre en friche »
Un guéret est une terre ingrate, une terre en friche.
Vous voulez dire que Saint-Vaury est un nom germanique ?
En fait, il y a eu une mode des noms germaniques. Vers le Ve, VIe siècles. C’est quelque chose qui est rarement mis en avant pourtant. Les noms de lieux Lage ou Age dans le Nord de la Marche, par exemple, viennent de l’aglia, la haie en germanique, en tant que délimitation.
Et Guéret alors ?
Pareil, l’origine est waractus. Un guéret désigne une terre un peu ingrate, une terre en friche. Le w a été remplacé par un g, sous l’influence germanique.
Ce qui ne semble pas positif de prime abord ?
Pas du tout. Dans la toponymie, on ne met pas de valeur sur la nature d’un terrain. Il s’agit d’un constat. Est-ce que c’est haut, boisé… Par exemple Lachaud désigne un endroit dénudé, sans végétation. En toponymie, il ne faut pas faire attention à l’orthographe mais privilégier plutôt l’origine. En dehors de la nature du sol, il y a aussi ce qui va concerner l’intervention humaine : les chemins, les moulins. Je ne m’arrête pas au mot, j’essaye de trouver une explication qui peut être sociologique ou historique.
Virginie Mayet
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