Escrocs et vendeurs de roses : le Creusois Gauvain Sers sort une réédition de son album "Les Oubliés" avec 4 titres inédits
C'était il y a un peu plus de sept mois. Le 29 mars 2019, Gauvain Sers sortait un deuxième album qui venait confirmer tout le talent du petit gars de la Creuse. Et le sens de l'à-propos. En pleine crise des Gilets jaunes, son titre "Les Oubliés" avait tapé dans le mille. Devenu quasi un hymne sur les ronds-points squattés de toute la France.
Depuis, les parterres de chrysanthèmes ont retrouvé leur place, les cabanons de la colère ont plus ou moins disparu. Mais Gauvain Sers n'est pas rentré dans le rang.
Quatre titres inéditsDans la réédition de son album, sortie ce vendredi (en CD et sur les applis de streaming), 4 titres inédits - enfin, plutôt trois pour être honnête, le titre "Y'a plus de saisons" étant largement diffusé depuis un bon mois. Le plus intéressant, ou en tout cas celui qui fera le plus causer, c'est "Les escrocs".
C'est assez violent. Manichéen. Simpliste, diront certains. Mais Renaud, à la grande époque, n'aurait peut-être pas chanté autre chose - il n'est pas le mentor de Gauvain pour rien. Comme dans "Les Oubliés", c'est la France d'en haut contre la France d'en bas. Sauf que cette fois, la cible, ce ne sont plus les énarques, mais les patrons.
"Les escrocs d'aujourd'hui En école de commerce Avec ce qu'ils ont appris D'illusions, ils nous bercent. Même quand les affaires brillent, Ils dégraissent à tout prix, Ils en brisent des familles"
"Les escrocs"
Après les fermetures d'école, les fermetures d'usine. Et Gauvain Sers de comparer ces "escrocs d'aujourd'hui" aux "escrocs à l'époque". Il n'est pas très difficile de saisir vers qui va sa préférence...
"Quand on voit les escrocs D'hier et d'aujourd'hui Quand les uns rêvaient trop Quand les autres licencient [...] Je ressens un peu trop comme de la nostalgie"
"les escrocs"
Changement de décor complet avec "Le vendeur de roses". On retrouve là les chansons humanistes, sans prétention, chères aussi à Gauvain Sers. Des cartes postales tendres, universelles.
Scènes de vie d'un vendeur de roses, donc, qui slalome entre les tables de restaurants et les refus (mention spéciale pour la rime : "à ceux qui s'enfilent du rosé sans se soucier de la cirrhose / tu vends six roses"). Mais le social n'est jamais loin :
"T'as dit au revoir au Bengladesh A ta petite femme, tes trois enfants Et dans la soute d'un bateau de pêche T'es parti rejoindre l'Occident T'imaginais qu'en venant ici T'allais la peindre ta vie en rose Mais Paris, c'est pas le paradis"
"Le vendeur de roses"
Enfance et nostalgie au programme dans le troisième titre inédit : "On voulait tout casser". Tout est dit, non ? C'est l'histoire de Gauvain Sers et son petit frère. Qui "partagent en deux leurs steaks hachés trop cuits", qui se "bastonnent pas qu'un peu, pour un non, un oui".
Le Creusois Gauvain Sers revient sur le succès de son deuxième album et le début de sa tournée
Les costumes de Zorro, les Légo, le tas de bois dans la cour à rentrer, les pulls moches, les cache-cache dans le jardin... Toutes les madeleines de Proust y passent.
Ça évoque très fort "Dans la bagnole de mon père" ("Pourvu", premier album). Instantanés d'un temps (pas si lointain, n'exagérons rien) où Gauvain gambadait innocent dans la Creuse de son enfance. Il voulait tout casser. Il a depuis cassé la baraque.
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