Faire la paix avec les fantômes dans le nouveau roman de Nadia Terranova
C'est une épreuve qui attend Ida. Quand sa mère l'appelle pour lui annoncer qu'elle a programmé des travaux dans l'appartement où la jeune femme a passé toute son enfance et son adolescence, et qu'elle doit venir l'aider à faire du tri, elle pense d'abord que ce sera facile. Elle n'a rien laissé d'important dans ce logement de Messine, en Sicile, quand elle est partie s'installer à Rome, si ce n'est une boîte métallique rouge.
Mais la tâche va s'avérer bien plus compliquée que mettre à la poubelle quelques vieilles poupées désarticulées et extraire du tiroir cette fameuse boîte. Sitôt la porte de l'appartement franchie, les souvenirs la prennent à la gorge en même temps que l'odeur d'humidité.
Et les souvenirs sont particulièrement lourds. Il y a plus de vingt ans, alors qu'une importante dépression le clouait au lit depuis longtemps déjà, le père d'Ida est parti. Volatilisé, disparu. Aucun mot, aucune explication, aucun adieu à sa femme ni à sa fille.
Face à nos rêves, la réalité pouvait se blottir dans un coin, inoffensive.
Chacune, la mère et la fille, se débrouille pour gérer comme elle peut cette disparition. Mais leurs vies en sont profondément marquées. Forcément. Ida ne trouvera d'issue qu'en quittant la Sicile. Ce retour à l'occasion des travaux, cette immersion forcée dans le passé à travers les lieux et les objets, sont peut-être une chance de tourner la page.
Comme les ouvriers réparent le toit terrasse, Ida et sa mère parviendront-elles à faire cicatriser ces anciennes blessures ? C'est ce chemin que raconte avec finesse Nadia Terranova. Un chemin semé d'embûches sous la chaleur écrasante de cet été qui ne finit pas... Et où le quotidien apporte malgré tout sa dose de bonheur, à commencer par la savoureuse cuisine sicilienne.
Pascale Fauriaux
Adieu fantômes, de Nadia Terranova, traduit de l'italien, par Romane Lafore, Quai Voltaire, 240 pages, 22,40€.