Foire du livre de Brive : une maison d'édition a créé des livres pour épauler les enfants dyslexiques
Lunettes rondes sur le bout du nez, tenue grise monochrome, Valentin Mathé est de ceux qui préfèrent passer inaperçus. À 30 ans, le jeune homme a laissé au placard son costume de cancre pour enfiler celui de l’intello introverti. Il a pris sa revanche sur ceux qui ne croyaient pas en lui en lançant sa maison d’édition La poule qui pond, spécialisée dans les livres pour enfants dyslexiques, présente ce vendredi 8 novembre sur les stands la Foire du livre.
L'éditeur est lui-même atteint de dyslexieUne start-up à son image. L’expression, souvent surexploitée dans le milieu culturel, prend pourtant tout son sens ici, à l’écoute du parcours du jeune homme. Car en matière de dyslexie, Valentin Mathé sait de quoi il parle. Il en est lui-même atteint.
« À l’école, j’avais du mal à lire. On me prenait pour un cancre, murmure-t-il. Un prof avait dit à mes parents que si je m’en sortais avec un bac techno, c’était déjà le bout du monde. C’est doublement insultant. D’abord pour moi, et pour ceux qui s’intéressent aux filières technologiques ».
Quelques années plus tard le voilà ingénieur en informatique. Du moins, jusqu’en 2014. Année où lui vient cette irrésistible envie de « faire autre chose ». Il démissionne de la boîte où il travaille, lance son entreprise avec l’aide de Pôle emploi. L’occasion de revenir à ses premiers amours, l’illustration. « J’ai foncé en me disant qu’au pire, si ça ne marche pas, je reviendrai à l’informatique ». S’il sait la précarité du monde culturel, il saute le pas. Sans tergiverser.
Un vraie demandeCinq ans plus tard, le projet qui n’avait au départ que de maigres ambitions s’emballe. Peut-être, car il a su se démarquer des autres, cibler un public qui n’en attendait pas tant. « C’est malheureux, cela montre qu’il y avait un vrai besoin alors que ce trouble existe depuis toujours. Je ne prétends pas être orthophoniste [Il travaille avec des spécialistes, NDLR]. J’ai choisi ce créneau parce que j’ai une sensibilité particulière, je sais ce que peut éprouver un enfant dyslexique ».
« Ce n'est pas de la sous-littérature »
La Poule qui pond propose un catalogue de livres, où les textes sont aérés, les syllabes colorées, les phrases plus courtes. Attention, « ce n’est pas de la sous-littérature », prévient-il. Le fond de l’histoire n’est pas modifié. « La forme, oui. Pour donner une indication à l’enfant et corriger sa dyslexie ».
Dyslexique, cette Auvergnate est aujourd'hui écrivain
Ses salons littéraires, comme celui de la Foire de Brive, sont l’occasion de rencontrer des parents, emplis d’émotion : « ils savent que leur enfant n’est pas bête. Mais ils voient qu’il n’est pas adapté au système. Quand depuis trois ou quatre ans ils se battent pour qu’il arrive à lire une phrase, et qu’avec un livre adapté, il y arrive du premier coup… C’est bouleversant ».
Tiphaine Sirieix